Algérie - Histoire

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 Histoire

Histoire de l'Algérie 10:04
Les dessous des cartes, une émission de Jean-Christophe Victor

 

- Nvieau C1

 

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(http://skikda.boussaboua.free.fr/algerie_histoire_05_colonisation_pretexte.htm)

La conquête de l'Algérie? La réponse au coup d'éventail?

Téléchargement d'un dossier en format word - Niveau B2/C1

«  L'affaire du coup d'éventail d'avril 1827  a été popularisée par les livres d'histoire et les gravures de l'époque et pendant de longues années, des générations d'écoliers ont appris et rabâché que ce coup d'éventail avait provoqué la prise d'Alger en 1830: Le dey d'Alger, Hussein, mécontent du retard apporté par la France au remboursement de créances auxquelles il était intéressé, s’en prit au consul français, Pierre Deval, qu’il souffleta de son chasse-mouches. Le gouvernement de Charles X, n’ayant pas obtenu d’excuses, riposta par le blocus d’Alger qui devait durer trois ans. Mais cette affaire ne fut qu'un prétexte, un mythe qui volera en éclats lorsque nous considérerons les causes plus lointaines et plus profondes qui entraînèrent le débarquement des troupes françaises à Sidi Ferruch (à l'ouest d'Alger), le 14 juin 1830 (...)  [Source] - Dossier word, 6 p.


 

La guerre d'Algérie - Niveau B2

Téléchargement d'un dossier pédagogique en format word, 6 p.

"Il faut mieux mourir debout que de vivre à genoux"

Depuis 1881 l'Algérie est formée de 3 départements (Alger, Oran, Constantine)  qui sont  rattachés au ministère de l'Intérieur et dirigés par un gouvernement général. Officiellement l'Algérie fait alors partie de la France, mais le pays supporte de plus en plus mal la présence des colonisateurs. Dès 1925 les intellectuels algériens réclament l'indépendance et après la Deuxième Guerre mondiale  plusieurs insurrections  éclatent. Mais l'armée française réprime toute émeute en faveur d'un État autonome algérien dans un bain de sang.
Exercices d'association

L'insurrection de la Toussaint le 1er novembre 1954 donne le signal de la guerre. Il s'en suit une dure répression menée par l'armée française qui réagit par une "chasse à l'arabe". Toute une génération de jeunes français (plus de 500.000) partira en Algérie pour y effectuer son service militaire. Souvent ces jeunes appelés ne savent  pas ce qui les attend, mais on ne leur demande pas leur avis. La guerre d'Algérie a longtemps été une "guerre sans nom". Le gouvernement a évité de parler de guerre et préféré employer des termes atténuants comme "opérations de maintien de l'ordre en Afrique du Nord" ou "événements d'Algérie" pour minimiser ce conflit violent et sanglant qui opposera l'Algérie à la France de 1954 jusqu'en 1962.
Exercices d'association

Les Algériens insurgés mènent une guérilla urbaine et rurale, coordonnée par le Front de libération nationale (FLN). La gauche, porté au pouvoir en 1956 laisse carte blanche à l'armée qui transformera l'Algérie en province militaire. La patrie des "Droits de l'Homme" devient alors un État tortionnaire. Du célèbre "l'Algérie, c'est la France" de François Mitterrand, alors ministre de l'Intérieur, soutenant en 1954 la thèse de "l'intégrité territoriale",  à "l'Algérie algérienne" du général de Gaulle qui revient au pouvoir en 1958, cinq années de conflits marqués par la torture et l'horreur auront ébranlé le pays et amené la chute de la IVème République (1958) sous le président Mendès France.
Exercices d'association

La population française, d’abord contre l’indépendance, y est de plus en plus favorable tout comme la plupart des autres pays du monde. Charles de Gaulle qui prend ses fonctions de président de la Vème République le 8 janvier 1959 déclare toutefois que l’Algérie pourrait obtenir son indépendance et se déclare en faveur de la décolonisation. Mais cette opinion n’est pas partagée par tous. Aussi, en 1961, certains militaires français qui sont de fervents partisans de l'Algérie française fondent l'OAS (Organisation de l'armée secrète). Ils ne veulent pas quitter l’Algérie. Alors ils se révoltent et se battent durant quelques mois à la fois contre les Algériens et contre l’armée française. Cependant un putsch des officiers de l'armée française conte le président de Gaulle échoue.
Exercices d'association

L'Algérie devient un État indépendant le 18 mars 1962 par la signature des accords d'Evian qui met fin à 8 ans de guerre. Mais les attentats et les menaces continuent et beaucoup d’Européens ne se sentent pas en sécurité. Or ils représentent 10 %  de la population algérienne de l’époque. Environ un million de Français nés en Algérie quittent l’Algérie dans un climat de panique pour vivre en France où souvent ils n’ont ni famille ni racines. On les a surnommés les pieds-noirs.
Exercices d'association

 

Sujets d'étude:
   1.  Quand est-ce que l'Algérie est devenue un département français?
   2. De combien de départements est-ce que l'Algérie a été formée?
   3. Dans quelle organisation les leaders nationalistes algériens se sont-ils regroupés?
   4. Dans quel objectif se sont-ils révoltés?
   5. Combien d'années a duré la guerre d'Algérie?
   6. Comment s'appelle le parti algérien qui s'est battu pour gagner l'indépendance?
   7. Qui étaient François Mitterrand et Charles de Gaulle?
   8. Pourquoi, à votre avis, les Français ne veulent-ils pas accorder l'indépendance à l'Algérie?
   9. Expliquez la thèse de François Mitterand.
  10. Quelle est l'antithèse du nouveau président?
  11. Expliquez la contradiction entre "la patrie des "Droits de l'Homme" et "l'État tortionnaire".
  12. À partir de quel moment parle-t-on d'une éventuelle indépendance de l'Algérie?
  13. Qui était l'OAS? Quelle a été son intention?
  14. Qui se bat contre l'indépendance de l'Algérie? Pourquoi, à votre avis?
  15. En quelle année l'Algérie est devenu indépendante?
  16. Quel est le pourcentage des Européens de l'époque qui vit en Algérie?
  17. Pourquoi veulent-ils quitter le pays?
  18. Qui sont les pieds-noirs?

Exercices interactifs avec correction (Hot Potatoes):
Questions à réponses courtes
Texte troué. Écoutez et/ou lisez le texte, puis complétez les espaces et cliquez sur correction.
Exercices avec "Zarb" en word

 

Ecoutez et complétez le texte

Nombre total de v s: entre et  s causés par les émeutes,     et les ; morts chez les  morts du côté du   ; le nombre des victimes  du terrorisme du FLN s'élève à   morts,   és et      rus.

 


 

Il y a cinquante ans, les "événements" de la Toussaint 1954

1er novembre 2004 : cinquantième anniversaire du début de la guerre d’Algérie.
Téléchargement en format word
La Dépêche Quotidienne
du 2 novembre 1954

Dans la nuit du 30 octobre au 1er novembre 1954, plusieurs dizaines d’attentats éclatent simultanément en différents points du territoire algérien. Cette première action d’un mouvement alors inconnu, le FLN, est considérée comme marquant le début de la guerre d’Algérie.
Il faut remonter au 8 mai 1945 pour comprendre les "événements" de la Toussaint 1954. Ce jour-là, à l’occasion des cérémonies célébrant la chute du régime nazi, des nationalistes algériens avaient voulu manifester pour l’indépendance de leur pays. Les massacres qui s’ensuivirent firent plus de 10 000 morts du côté algérien, et une centaine parmi les Européens, dans les régions de Sétif et de Guelma. La répression impitoyable de mai 1945 devait convaincre les nationalistes algériens de la nécessité de recourir à la violence armée pour libérer leur pays.
En fait, les origines de la guerre d’Algérie sont beaucoup plus lointaines. Dès le début de la conquête en 1830, la population algérienne a été animée d’un esprit de résistance, et toute la période coloniale a été entrecoupée de révoltes sanglantes. Aucune autre entreprise coloniale de la France n’a nécessité l’envoi d’une armée aussi nombreuse ni été marquée par des opérations militaires aussi longues et aussi meurtrières. De plus, l’importance de l’immigration européenne fait de l’Algérie un cas particulier, quasiment le seul exemple d’une colonie de peuplement française.
La période coloniale de l’Algérie a commencé par quarante années de conquête armée, ponctuée de massacres de civils et d’expropriations massives de leurs terres, avec deux phases de guerre ouverte, de 1830 à 1836, puis de 1840 à 1847. Après l’écrasement des grandes insurrections de 1871, l’Algérie, déclarée partie intégrante de la France, a été gouvernée dans un cadre juridique fondé sur une inégalité institutionnalisée entre Européens d’Algérie et Algériens - en contradiction absolue avec nos valeurs républicaines.
La libération de l’Algérie a été obtenue à l’issue d’une guerre de sept ans. Guerre impitoyable qui a causé d’innombrables victimes et laissé derrière elle des millions d’individus brisés, de part et d’autre de la Méditerranée.
Plus de quarante ans après la fin de la guerre, il est temps que Algériens et Français regardent en face "leur histoire commune, avec ses ombres et ses déchirures" [1]). Il est temps que nous prenions en compte la douleur des victimes injustement oubliées, notamment les Harkis et leurs descendants - "les dents des fils ne doivent pas être agacées parce que leurs pères ont mangé des raisins verts" [2].
Il est plus que jamais nécessaire de redire que la guerre d’Algérie est terminée !
Toulon, le 25 octobre 2004
[1] Jacques Chirac, devant le Parlement algérien, le 3 mars 2003.
[2] Jérémie 31-29.

 


France-Algérie: La déchirure
(Niveau B 2)
Écoute 3 (1997): 20-25.
(Danièle Schertzer et Safia Allag)
Avec l'aimable autorisation de la rédaction
 

 

Einem schmutzigen Krieg kann kein sauberer Frieden folgen. 35 Jahre nach den Verträgen von Évian, die Algerien seine Unabhän­gigkeit zurückgaben, herrscht der Terror in Algerien und Attentate ver­setzen Paris in Schrecken. Warum? 

Il y a 35 ans, le 18 mars 1962, se terminait la plus meurtrière des guerres coloniales. Avec la signature des accords d'Evian, l'Algérie accédait à l'indépendance après 132 ans de colonisation française. Cette guerre, qui restera longtemps sans dire son nom, aura mobilisé deux millions de jeunes appelés, divisé l'opinion, provoqué la chute d'une République et conduit la France au bord de la guerre civile. Près d'un million de pieds noirs, ces colons nés en Algérie, devront quitter cette terre qu'ils croyaient la leur. Pour eux commence alors l'exode, le temps des souvenirs et des déchirures.

Du célèbre « l'Algérie, c'est la France » de François Mitterrand, alors ministre de l'Intérieur, à «l'Algérie algérienne» du général de Gaulle, cinq années de conflits marqués par la torture et l'horreur, auront ébranlé le pays. Le refus de laremise en cause de la souveraineté française avait conduit les gouvernements de la IVe République à s'en foncer toujours plus dans le conflit La gauche, portée au pouvoir en 1956 et qui laisse carte blanche à l'armée - celle-ci transformera l'Algérie en province militaire - s'avoue vite vaincue. De l'autre côté, le Front de libération nationale (FLN) algérien, qui veut mener les musulmans à l'indépendance, pratique lui aussi le terrorisme, la violence...


Sujets d’études
1.    Quand est-ce que la guerre d’Algérie s’est-elle terminée ?
2.    Pendant  combien d’années les français ont-ils occupé l’Algérie ?
3.    Par quel traité la guerre d’Algérie s’est-elle terminée ?
4.    En France, quelles ont été les conséquences de la guerre d’Algérie ?
5.    Qui sont les « pieds noirs » et quel a été leur sort à la fin de la guerre ?
6.    Élaborez les arguments avancés en faveur de la thèse de Mitterrand « L’Algérie, c’est la France. »
7.    Quel parti politique est au pouvoir au début de la guerre d’Algérie ?
8.    Commentez l’énoncé : La gauche « laisse carte blanche à l'armée. »
9.    Quel mouvement algérien s’oppose à l’occupation française et se bat pour l’indépendance ?
10.   Quels termes du texte mettent en relief la violence de cette guerre. ?

Micro-tâches :

    • Faites une recherche pour savoir quelle république a été renversée pendant la guerre d’Algérie ? Quand est-ce que cette république a été renversée ? Qui sera le nouveau président ?
    • Dans le texte l’auteur parle de « 132 ans de colonisation française ». En dehors de l’Algérie, essayez de citer d’autres colonies françaises (au moins huit) et situez-les géographiquement.
    • Faites une recherche pour savoir si l’Algérie a été la première colonie française ?
    • Définissez les termes « colonisation » et « décolonisation ».


35 ans après, le souvenir de cette guerre est encore présent dans le coeur de bien des Français. Pour les 2 millions d'appelés qui durant les «événements» ont effectué leur service militaire (parfois de trente mois) en Algérie ; pour les descendants du million de pieds?noirsrapatriés en 1962; pour les « harkis», ces Algériens qui ont soutenu les forces armées françaises. pour tous ces gens-là, l'Algérie reste une blessure.

Les relations franco?algériennes ne se normaliseront jamais. La proximité géographique n’aura pas permis à la France d'oublier l'Algérie, ni à l'Algérie d'oublier la France. Certes, il y eut bien des hommes politiques favorables à une saine distance, à une indifférence mutuelleentre les deux pays voisins... Les récents attentats à Paris et l'ac-tuelle violence islamiste démontrent que ce type de raisonnement, par trop simpliste, ne peut être de mise dans cette «situation où les passions ont leurs raisons que la raison ne connaît pas.»


[meurtrier, ère  – mörderisch ; la chute – der Fall; la déchirure – die Zerrissenheit; l’horreur, f – der Schrecken, das Grauen; ébranler – erschüttern; le refus – die Verweigerung; la remise en cause – das Infragestellen; s’enfoncer – immer tiefer geraten; laissser carte, f blanche – freie Hand lassen; vaincu,e – besiegt; les événements, m – die Ereignisse; rapatrié,e – zurückgeführt; la blessure – die Wunde; favorable à– günstig; mutuel,le – gegenseitig; simpliste – simpel; ne pas être de mise – nicht angebracht werden]

 

Sujets d’études
•    Quelles sont les trois catégories de français pour lesquelles la guerre d’Algérie restera particulièrement marquante ?


Commentaire / discussion
•    Analyse la phrase « dans cette situation où les passions ont leurs raisons que la raison ne connaît pas. »
 
 
Entre 1954 - 1962
« L'Algérie, c'est la France »
L’Algérie est une partie de la France: il n'est pas question qu'elle puisse s'en détacher. Nous sommes en 1954. La nation tout entièreadhère à la thèse de l'« intégrité ter-ritoriale» : malgré les émeutes et les bombes qui depuis l'automne éclatent sur tout le territoire de l'Algérie, un autre discours que celui de la fermeté est impensable. Les troupes envoyées sur place devront rétablir le calme et la «bonne entente».
II est vrai qu'à cette époque, la grande majorité des Français croit encore à la «mission civilisatrice» de leur pays. Le rôle de la France est de conduire les peuples moins évolués sur les voies du progrès et de diffuser les valeur démocratiques. Ce travail n'est pas achevé en Algérie et c'est ce qui conduira des hommes de gauche à rejoindre, dans la défense de l'Algérie française, des rationalistes de droite. Au pourquoi de ces émeutes en Algérie, on répond par la thèse des propagandes étrangères, du panarabisme. du communisme. Le nationalisme algérien n'aurait il pas été suscité, puis manipulé par Moscou qui utiliserait le relais du Caire alors nassérienne...
L’armée qui, en 1954, part défendre les intérêts de la France et qui vient de se voir dotée de pouvoirs spéciaux, considère qu’elle a une mission à accomplir la consolidation de l'Algérie française.
Mais deux ans plus tard, le cours des événements se précipitent. Une issue pacifique est inconcevable, d'autant plus que le pétrole qui jaillit dans le Sud saharien est pour la France une promesse d'indépendance énergétique. Une raison de plus pour rester en Algérie.
 
[se détacher de   – sich abspalten ; adhérer à – zustimmen ; l’émeute, f – der Aufstand ; la fermeté – die Entschlossenheit ; la voie – der Weg ; le progrès – der Fortschritt ; susciter - hervorrufen; se précipiter - sich überstürzen; l'issue, f - das Ende; inconcebable -undenkbar; la promesse - das Versprechen]
 
 
        Sujets d'étude
  1. Comment expliquez-vous la thèse de l’ »intégrité territoriale » et l’idée de la « mission civilisatrice » de la France ?
  2. Comment est-ce que le gouvernement français essaie d’expliquer les émeutes en Algérie ? Quelle en serait la cause ?
  3. Quel rôle aurait joué Moscou ?
  4. Quelles sont les raisons économiques qui pousse la France à ne pas quitter l’Algérie ?

      Micro-tâche

  • Faites une petite recherche internet sur le « panarabisme » et sur « Nasser ».
  • Elucidez le contexte de la « guerre froide »

     La violence de la guerre
L'armée est sur place. Et ces hommes du contingent qui, en Indochine, ont connu les possibilités de la guerre psychologique jurent de retourner ces connaissances contre leurs ennemis. Nous sommes en 1955. La mission des militaires est de gagner la cause musulmane. Bien vite, ils font appel à la répression. Depuis 1956, l'Assemblée s'est déchargée de ses responsabilités et a donné les pleins pouvoirs à une armée qui. dans le seul but d'isoler le FLN, opère des ratissages, regroupe les populations dans des camps, fait tout pour repérer le fellagha, s'entraîne à la torture et élimine les suspects. En quelques mois, près de 400 000 militaires «sévissent» sur le sol algérien. Et lorsque fin 56, début 57, des bombes explosent, tuant de nombreux civils, le gouvernement français donne les pleins pouvoirs au général Massu, commandant de la 10e division parachutiste. II est verbalement incité à utiliser tous les moyens. La torture est devenue une institution. Certes une commission de sauvegarde des droits et des libertés individuelles a bien été instaurée. Mars le rapport est manipulé. Plus rien ne peut arrêter la «gangrène». Avec l'arrivée du général de Gaulle en 1958, elle se fera un peu plus discrète sur le sol algérien, contrairement à la métropole où la police française «bascule»elle aussi dans la répression.
 
Peu glorieuse pour la nation sera la fameuse journée du 17 octobre 1961. Ce jour - là, la Fédération de France du FLN algérien organise un rassemblement à Paris. On proteste contre le couvre?feu imposé aux Maghrébins depuis que des attentats ont eu lieu dans la capitale. En fait on veut aussi soutenir ouvertement l'indépendance de l'Algérie. La manifestation est interdite. Le lendemain, des chiffres officiels établiront l'arrestation de centaines d'Algériens et la mort de trois manifestants avec soixante-quatre blessés chez les Algériens et treize blessés parmi les forces de l’ordre. Mais personne n'aura parié de la condition extrêmement brutale de ces arrestations. Ce jour?là, de véritables meurtresfurent commis. Les cadavres d'une soixantaine d'Algériens furent repêchés dans la Seine ou retrouvés dans les bois de la région parisienne. jusqu'à aujourd'hui, aucun coupable n'a été désigné.
 
jurer de - schwören ;  la cause  – de Sache ;  se décharger de   – abgeben ;   le but   – das Ziel ;   le FLN (Front de la libération nationale)   – nationale Befreiungsfront ;   opérer– durchführen ;   le ratissage - Durchkämmungsaktion ;   le fellagha   – der algerische Partisan ;  sévir  – hart durchgreifen ;   inciter à   – anstiften ;   la sauvetage des droits   – die Wahrung der Rechte ;   la  gangrène – hier : die Tortur, die legitimiert wird ; basculer – umkippen ; le couvre-feu - die Ausgangssperre; l‘arrestation, f - die Festnahme ; les forces, f de l‘ordre - die Sicherheitskräfte; le meurtre - der Mord ; le coupable - der Schuldige
 
Sujets d’étude
  1. Quel rôle  l’armée française a-t-elle joué ? A-t-elle abusé de ses pouvoirs ?
  2. Qui est le général Massu ? Quels moyens utilise-t-il pour « écraser » l’opposition ? Quelle est l’attitude du gouvernement français à cet égard ?
  3. Retracez les événements de la guerre.
  4. Relatez ce qui s’est passé le 17 octobre 1961 à Paris.

Micro-tâche
  • Faites une petite recherche pour savoir ce que fut la  « Guerre d’Indochine » ?

 

     La scission de l'opinion
L’armée française torture.Le livre d'Henri Alleg (La Question), directeur du journal communiste Alger républicain, qui raconte ce qu'il a subi en juin 1957, fait scandale. Quelques intellectuels comme André Malraux ou Jean-Paul Sartre, sont les seuls à prendre position. Silence des voix officielles, mutisme de la radio contrôlée par l'État.. Seule la presse écrite n'est pas avared’informations. C'est ainsi que, comme l'exprime l'historien René Rémond, la «bataille de l'écrit» deviendra l'un des épisodes de cetteguerre. Les Françaissont (en grande majorité) horrifiés à l'idée que la patrie des Droits de l'Homme soit devenue un État tortionnaire. Des protestations viennent de tous les horizons, même de la part de partisans de l'Algérie française. La lassitude d'une guerre sans nom qui s'éternise fera basculer l'opinion. À partir de début 1957 ? date où l'on note une aggravation des combats en Algérie ? on voit apparaître une fêlure dans la conscience politique de la métropole. Les Algériens du FLN ont décidé de porter la guerre dans les villes. Des bombes explosent dans quelques lieux publics français. Pour la première fois, le gouvernement se trouve confronté au terrorisme.
 
[la scission - die Spaltung ; subir- erleiden; le mutisme - das Schweigen; ne pas être avare de - nicht reizen mit; être horrfié,e - entsetzt sein; la lassitude - der Überdruss; s‘éterniser - sich in die Länge ziehen; la fêlure - der Riss]
 
Les porteurs de valise
Comment expliquer que si peu de Français se soient engagés en faveur d'une Algérie indépendante? Les révélations sur la torture, les répressions policières, le climat de délationet le racisme latent conduiront, début juillet 57, un bon nombre d'«humanistes » de gauche à défendre l'idée d'une Algérie algérienne. Très vite, des réseaux se constituent autour de Francis Jeanson, philosophe sartrien qui explique clairement les raisons de son engagement dans Les Temps modernes (revue fondée par Jean?Paul Sartre) : «Les motifs positifs sont faciles à concevoir. 1. Maintenir les chances d'une amitié franco-algérienne ; 2. Réveiller la gauche en lui rappelant son rôle à l'égard de l'opinion publique, quels sont ses vrais alliés, et que l'anticolonialisme ne se pratique pas en restant sur la touche pour y compter ses points.» Leur tâche? Chaque mois, des millions de francs ? l'argent vient en partie de certains milieux bancaires ? sont transfé-rés vers la Tunisie ou en Suisse pour le compte du FLN. Le réseau des porteurs de valise possède un service de faux papiers... Des filières sont installées en Suisse, en Belgique, en Allemagne. Et lorsque le 5 septembre 1960, six Algériens et dix-huit «porteurs de valise» doivent être jugés pour atteinte à la sûreté de l'État, le pays apprendra que des Français aident les Algériens pour des raisons politiques. Mais déjà la France en a assez de la guerre. Les porteurs de valise seront amnistiés en 1966.
 
la révélation - die Enthüllung ; la délation - die Denunziation; le réseau - das Netz ; concevoir - sich vorstellen ; maintenir – erhalten; rester sur la touche - im Abseits bleiben; la tâche - die Aufgabe; la filière - das Netz; l‘atteinte, f à la sûreté - der Landesverrat
 
Sujets d’étude
  1. Expliquez le rôle des intellectuelles dans la « bataille de l'écrit » et l’organisation de l’opposition contre la guerre d’Algérie.
  2. Quels événements vont attirer l’attention des français sur la guerre d’Algérie et faire « basculer » l’opinion ?
  3. Elucidez le réseau des « porteurs de valise » ? Comment sont-ils organisés ?

Micro-tâches
  • Faites une recherche internet pour connaître le contenu du livre d’Henri Alleg, La question.
  • Présentez quelques aspects biographiques sur André Malraux et Jean-Paul Sartre.
 
Le rôle de L'OAS
L’organisation de l'armée sécrète CAS) est née en février 1961 . Qui rassemble?t?elle? Des militaires, des Français d'Algérie qui ne peuvent accepter l'indépendance. On estime que plus de 1500 personnes firent partie, plus ou moins activement, de cette organisation. Quant aux pieds?noirs, ils se déclarèrent presque tous en faveur de l'OAS. Calcul politique, espoir déçu? Comme on a pu le lire dans Le Monde du 15 novembre 1961, «certains engagés par conviction, accomplissent scrupuleusement les tâches qui leur ont été assignées; d'autres venus à l'OAS par ambition ou intérêt, espèrent jouer quelque jour un rôle politique (...)». Pour la grande majorité des Européens d'Algérie, l'OAS se présente comme un dernier espoir. Elle sera tenue responsable, entre avril 61 et la mi-juin 62, de près de 800 attentats rien qu'à Paris. 
 
[déçu,e -enttäuscht ; la conviction - die Überzeugung; assigner une tâche - eine Aufgabe zuweisen]
 
     Les accords d'Évian
Accueillis avec soulagement par les Français de métropole, ils seront considérés par les Européens d'Algérie comme un acte d'abandon. Que règlent ces accords? Bien sûr le cessez?le?feu dès le lendemain et toutes les modalités du passage de souveraineté :
 
1. L’organisation d'un scrutin d'autodétermination (le 1er juillet, 99,72 °% des électeurs approuveront l'indépendance de l'Algérie).
 
2. Toutes les garanties demandées par la France pour ses ressortissants: sécurité des personnes et des biens, statut privilégié pour les Français restant en Algérie et possibilité de choix entre nationalité française ou algérienne. En réalité la France fait de grandes concessions au FLN. Le 3 juillet 1962, l'Algérie devient indépendante. Au fil des ans, les accords signés seront piétinés. La France, en ne respectant pas ses engagements, a sa part de responsabilité dans le dépérissement des accords.
 
[le soulagement - die Erleichterung ; l’abandon, m - die Preisgabe; la souveraineté - die Herrschaft; le scrutin - die Abstimmung; le ressortissant - der Staatsangehörige; les biens, m -das Hab und Gut; piétiner -niedertrampeln; le dépérissement -das Verkümmern ]
 

     Un million de rapatriés  
Mai -juin 1962. C'est la panique en Algérie. Des milliers de familles se pressent dans les ports et les aérodromes. Au total, 968 685 Européens quitteront l'Algérie. Le Secrétariat d'État aux rapatriés, créé en août 1961, s'efforcerad'assurer leur transport et leur subsistance. La période de croissance et le plein emploi facilitent leur réinsertion. Parmi ces rapatriés, 60 000 harkis fuient les représailles. Ils conserveront la nationalité française.
Aujourd'hui, leurs difficultés d'insertion ne sont toujours pas résolues. Et l'indemnisation des rapatriés fait toujours l'objet de polémiques.
 
[s’efforcer de - sich bemühen ; la subsistance - der Unterhalt ; le plein emploi - die Vollbeschäftigung; la réinsertion - die Wiedereingliederung; fuir - fliehen; résoudre – lösen; l’indemnisation, f - die Entschädigung]
 
Sujets d'étude
  1. Exposez la composition et le rôle de l’O.A.S.
  2. Enumérez deux consentements fixés par les accords d’Evian.
Discussion
  • A votre avis, quelle était la situation des « pieds-noirs » et des « harkis » en mai-juin 1962 ? Que craignent-ils ?
 

Paris - Algér, 35 ans après!

 
Sept ans d'insurrection et un bilan de pertes humaines qui fait encore l'objet de débats et d'estimations contradictoires (entre 250 000 et 350 000 morts selon les sources). Depuis 35 ans, l'histoire entre Paris et Alger a accumulé différends, griefs et passions. Une saine distance, une entente cordiale ne se sont jamais installés. Aujourd'hui, et cela depuis près de cinq ans déjà, le sang coule de nouveau sur cette terre d'Afrique du Nord, la « voisine d'en face » de la France. Il coule aussi dans l'Hexagone : au cours des 20 deniers mois, 10 attentats, attribués aux islamistes algériens, ont fait 12 morts et 230 blessés (?). Sans compter les Français assassinés en Algérie. La France est frappée brutalement par cette « deuxième guerre d'Algérie » et ce n'est pas un hasard.

 
Pendant toutes les années qui suivirent l'indépendance, les Français firent comme si la page était tournée. On ne parla presque plus de cette «guerre». II y eût bien quelques livres, quelques films mais ils ne dérangèrent qu'une minorité d'intellectuels.
 
[l'insurrection, f - der Aufstand; la perte - der Verlust; la source- die Quelle; le grief - die Beschwerde; attribuée à - zugeschrieben; assassinée - umgebracht]
 
Comme disent les psychanalystes ? et dans le cas de la relation franco?algérienne, ce vocabulaire est bien utile ? la guerre d'Algérie fut occultée, refoulée, on remit à plus tard le travail de deuil, on refusa d'assumer ce qui s'était passé. D'où la nature névrotique des relations franco-algériennes. Le Premier ministre, Alain Juppé, le dit d'ailleurs à sa manière en 1995, quand il était encore ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand: « le passé franco?algérien pèse sur notre relation actuelle car ce passé n'a jamais été vraiment soldé, ni d'un côté ni de l'autre».
 
[occulter - chweigen; refouler - verdrängen; le travail de deuil - die Trauerarbeit; assumer- (Verantwortung) übernehmen; solder - Bilanz machen]
 
Côté algérien, la guerre ne fut pas tue comme elle le fut en France mais arrangée, fantasmée. L’armée, aux commandes depuis le coup d'État du colonel Boumedienne le 19 juin 1965, a imposé l'idée qu'ils avaient arraché l'indépendance à la France par une victoire militaire. Un mensonge historique qui leur permit de confisquer le pouvoir et de se dispenser de passer par les urnes tandis qu'une génération entière – 70 % des Algériens n'étaient pas nés en 1962 lors de l'indépendance ? et élevée dans une « culture de guerre » et entretenait une relation d'amour-haine avec la France, un pays qui compte encore un million d'Algériens et deux millions de personnes d'origine algérienne sur son territoire. Malgré le chômage qui les frappe en priorité et un racisme persista l'intégration se fait peu à peu. Les mariages mixtes sont de plus en plus nombreux et certaines familles sont installées dans l'Hexagone depuis quatre générations.
Par ailleurs, plusieurs dizaines de milliers de bi?nationaux (une majorité d'épouses d'Algériens et leurs enfants) vivent toujours en Algérie.
 
[taire- verschweigen; arracher - abtrotzen; le mensonge - die Lüge; se dispenser de- nicht hingehen; la haine- der Haß; persistante- anhaltend]
 
Malgré une politique d'arabisation intensive, un très grand nombre d'Algériens continuent à parler français, une langue qu'ils entretiennent d'ailleurs en écoutant les radios et chaînes de télévisions françaises. De très nombreux cadres ont été formés en France, raflant à leur retour les meilleurs emplois mais suscitant en même temps la jalousie des arabophones. Une rancœur exploitée par les islamistes qui appellent aujourd'hui à une «décolonisation culturelle» et font la chasse aux «francisés».
 
Les liens économiques sont tout aussi étroits: la France est le premier partenaire commercial de l'Algérie et Paris est le premier acheteur de gaz naturel algérien et son premier fournisseur de biens d'équipement etconsommation. En outre, l'aide que la France accorde à l'Algérie ? environ cinq milliards de francs par an – le soutien qu'elle lui apporte au sein des institutions financières internationales fut, jusqu'à la remontée récente des cours du pétrole, le principal soutien du régime algérien. La junte n'aurait probablement pas réussi à se maintenir au pouvoir sans cette aide. La suspension de celle?ci est d'ailleurs la principale exigence des terroristes islamistes en échange d'un arrêt des attentats.
 
rafler - an sich raffen; susciter - hervorrufen; la jalousie - der Neid; la rancœur- die Verbitterung, der Groll; le lien économique - die wirtschaftliche Verbindung; les biens, m d'équipement- die Investitionsgüter; en outre - darüber hinaus; la suspension  - die Aussetzung
 
Sur le plan politique, l'ambiguïté règne. Depuis 1992, la politique de Paris vis?à?vis d'Alger relève de la navigation à vue. On passe de la sévéritéapparente au silence complice en fonction des événements. En octobre 1995, le président Jacques Chirac avait affirmé que l'aide financière serait désormais liée à « la rapidité du processus démocratique ». Une fermeté dont on n'a retrouvé nulle trace dans son allocution télévisée du 12 décembre dernier: «Si l'Algérie est isolée, notamment économiquement, alors le pire est à craindre», a plaidé le chef de l'État. Le pire, c'est-à-dire l'arrivée des islamistes au pouvoir, la déstabilisation du Maghreb et l'arrivée de centaines de milliers de réfugiés algériens en France. Par conséquent, Paris «conservera une relation, notamment économique, avec l'Algérie», a ajouté Jacques Chirac. En dépitdes questions des journalistes, le Président n'a pas dit un mot du référendum organisé récemment par la junte algérienne pour renforcer encore ses pouvoirs. II faut reconnaître que la position de la France est très inconfortable : le pouvoir algérien et les islamistes font tout pour l'impliquer dans le conflit. pour l'obliger à choisir. Paris est constamment en position d'arbitre et a le sentiment de vivre en permanence sous la menaceet le chantage.

[l'ambiguïté, f - die Zweideutigkeit; la navigation à vue - die Sichtnavigation: hier: die Konzeptlosigkeit; la sévérité- die Strenge; apparent,e - scheinbar; nulle trace, f- keine Spur; l'allocution, f télévisée- die Fernsehansprache; le réfugié- der Flüchtling; en dépit de - ungeachtet; l'arbitre, m - der Schiedsrichter; la menace- die Drohung; le chantage- die Erpressung]
 
Ainsi, à chaque prise d'otages ou face à la sauvagerie sanglante du dernier ramadan, les autorités françaises se retrouvent face au même dilemme : tout faire pour sauver des vies sans donner l'impression de s'immiscer dans les affaires intérieures algériennes; garder un profil bas pour limiter les risques de représailles islamistes. il lui faut également veiller à ce que le drame algérien ne vienne pas se superposer au malaise des jeunes d'origine maghrébine vivant en France: un risque réel comme l'a montré le démantèlement de réseaux islamistes terroristes composés de garçons issus des banlieues lyonnaise, lilloise ou parisienne. Enfin, Paris veut maintenir à distance les Américains qui tentent de grignoter les positions françaises en Afrique et qui ont, par exemple, raflé au nez et à la barbe des Français un énorme contrat pour la construction d'un gazoduc reliant l'Algérie à l'Europe, via le Maroc et Gibraltar.
La marge de manœuvre de la France est donc extrêmement limitée. D'autant qu’ elle a de moins en moins de moyens de pression sur le gouvernement algérien. L’Algérie a aujourd'hui retrouvé une aisance financière sans précédent depuis l'indépendance et peut donc se permettre d'ignorer les bons conseils de Paris: l'envolée des cours du pétrole et du dollar lui ont permis d'accumuler plus de 20 milliards de dollars de réserves de change. Parallèlement, Alger a obtenu le rééchelonnement de sa dette extérieure ainsi que des crédits importants de la Communauté européenne. Enfin, les États-Unis, l'Allemagne, le Canada, l'Espagne, l'Italie et bientôt le Japon ont décidé de rouvrir leurs lignes de crédit.
 
[la prise d'otages - die Geiselnahme; la sauvagerie- die Bestialität; s'immiscer - sich einmischen; veiller à - achten auf; se superposer- überlagern; le malaise- das Unbehagen; le démantèlement - die Zerschlagung; gringnoter- stückchenweise aushöhlen; au nez et à la barbe- vor der Nase; la marge de mancouvre - der Spielraum; le moyen de pression - das Druckmittel; l'aisance, f- der Wohlstand; l'envolée, f- der rasante Preisanstieg; le rééchelonnement- die Neustaffelung; la dette extérieure - die Auslandsschuld]
 
Un seul rayon de soleil dans tout ce noir : les pays de l'Union européenne, après avoir longtemps laissé Paris se débattre seul, ont pris conscience du danger de déstabi-lisation au sud de l'Europe et semblent décidés à interrompre le tête?à?tête obsessionnelentre la France et l'Algérie. II est grand temps
 
se battre - sich herumschlagen; obsessionnel, le - zwanghaft  
 
Sujets d’étude
  1. A quelles dates historiques l’auteur se réfère-t-il en mentionnant les « sept ans d’insurrection » ?
  2. Pourquoi parle-t-on d’une insurrection et non d’une guerre ?
  3. Expliquez « la nature névrotique des relations franco-algériennes ».
  4. Essayez d’expliquer ce que l’auteur entend par une « deuxième guerre d’Algérie ».
  5. Pourquoi est-il d’avis que cette « deuxième guerre » n’est pas le fruit du hasard ?
  6. Pourquoi le gouvernement du colonel Boumedienne a-t-il voulu propager l'idée que les Algériens  avaient arraché l'indépendance à la France ?
  7. A l’heure actuelle, quel est le nombre d’Algériens qui vivent en France ?
  8. Quel est le problème de la jeune génération ?
  9. Décrivez les attitudes des Français et des Algériens vis-à-vis de leur passé.
  10. L’auteur parle d’une relation d’amour-haine avec la France. Pourriez-vous vous imaginer ce qu’il veut dire par là ?
  11. Quels sont les objectifs des islamistes en parlant d’une  « décolonisation culturelle » et qui sont les « francisés » ?
  12. En quoi pourrait-on parler d’une interdépendance économique des deux pays?
  13. Comment se montre l’ambiguïté de la politique française vis-à-vis de l’Algérie ?
  14. Quels sont les craintes du gouvernement français ?

Commentaire / discussion
  • « La marge de manœuvre de la France est donc extrêmement limitée. »

Créativité
  • En 2011 un père algérien ancien fervent du l’FLN parle de la guerre d’Algérie à son jeune fils de 14 ans.
  • En 2011 un père français ancien membre de l’OAS parle de la guerre d’Algérie à son jeune fils de 14 ans.

Mise en scène
  • En 2011 il y a une discussion sur la guerre d’Algérie dans une famille franco-algérienne. Quels sont les membres qui constituent la famille ? Quels sont leurs arguments / leurs thèses qu’ils défendent ? Rédigez et jouez quelques dialogues.

 

 

Guerre d'Algérie: la fin de 40 ans de silence

(Niveau B 2)
Écoute 3 (2002): 52-55
Avec l'aimable autorisation de la rédaction
(Jean-François Mondot)
 

 
Nach einem jahrelangen Krieg entließ Frankreich am 18. März 1962 Algerien in die Unabhängigkeit. Erst heute, vierzig Jahre danach, beginnt Frankreich ernsthaft mit der Aufarbeitung.
 

Après Vichy et la collaboration, l'Algérie! Le deuxième tabou de l'histoire française du XXe siècle est en train de tomber. Cela a pris du temps : attachée à la haute image qu'elle a d'elle-même, la France a souvent été oublieuse de son passé au cours du siècle que nous venons de quitter.
Les points communs entre Vichy et la guerre d'Algérie sont nombreux. D'abord par la durée de l'oubli qui, dans les deux cas, a duré une quarantaine d'années. Ce chiffre correspond à un changement de génération, mais aussi au délai minimum de 30 ans avant l'ouverture des archives qui a donné de nouveaux éléments aux historiens. Pendant quarante ans, la guerre d'Algérie a été une guerre qui n'osait pas dire son nom.

Dès le début, en 1954, il y a la volonté de minimiser le conflit. Le gouvernement parle d'«insurrection» et de «rebelles» face auxquels on «rétablit l'ordre républicain». À partir de 1956, on parle des «événements d'Algérie» : comment parler d'une guerre avec l'Algérie, puisque celle-ci se compose de trois départements français à part entière?

L'hypocrisie va donc durer 40 ans. Jusqu'en 1999, les documents officiels qui font référence au conflit parlent pudiquement d'«opérations de maintien de l'ordre en Afrique du Nord». Et ce n'est qu'en juin 1999, sous l'initiative du ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Masseret, que l'Assemblée nationale a voté un texte permettant de parler de «guerre d'Algérie».
 
Une génération de jeunes historiens a également beaucoup contribué ce que l'on appelle désormais les choses par leur nom. Sur des sujets hier tabous comme la pratique de la torture ou bien l'abandon des harkis (lire pages suivantes), on commence à avoir une vision bien plus objective qu'il y a encore 10 ans. Non seulement les archives parlent, mais les acteurs de cette guerre, au soir de leur vie, semblent éprouver un besoin de se décharger d'un passé trop lourd.
Ce devoir de mémoire est essentiel pour la France. Car, entre les anciens appelés (simples soldats qui ont servi en Algérie, deux millions de Français), les pieds-noirs (les colons français d'Algérie, un million à l'origine), les Algériens immigrés et leurs descendants, cela fait en tout six millions de personnes pour qui l'Algérie reste une blessure.

Tant qu'une parole de vérité, établissant une bonne fois pour toutes les responsabilités des uns et des autres, ne se sera pas fait entendre, l'Algérie empoisonnera l'unité nationale. Cela est apparu de manière particulièrement claire lors du match de football France-Algérie le 6 octobre 2001. Ce devait être le «match de la réconciliation». Dans les tribunes, des fils et petits-fils d'immigrés algériens. Que se passa-t-il? Les joueurs de l'équipe de France ainsi que l'hymne français furent sifflés, et les supporters de l'équipe d'Algérie envahirent le terrain pour éviter une humiliation à leurs joueurs.
Comment pouvait-il en être autrement? Beaucoup de jeunes Français d'origine algérienne ont une identité blessée. Ni la France (sauf, un peu, à l'école), ni leurs parents ne leur ont parlé de la guerre d'Algérie. Comment ceux-ci pouvaient-ils expliquer à leurs enfants qu'ils étaient venus s'installer dans le pays qu'ils avaient combattu?

Pour tous ces jeunes et pour tous ceux qui, en France, sont liés à l'Algérie d'une manière douloureuse, le moment d'une parole claire semble venu. Avant de tourner la page, ne faut-il pas d'abord la lire?
 
[Vichy Sitz der Regierung des Maréchal Pétain, der mit den Nazis kollaborierte; attaché,e à festhaltend an; oublieux,se vergesslich; le délai die Frist; minimiser herunterspielen; l'insurrection (f) der Aufstand; rétablir wiederherstellen; l'événement (m) das Ereignis; à part entière voll berechtigt; l'hypocrisie (f) die Heuchelei; pudiquement verhüllend; le maintien de l'ordre die Aufrechterhaltung der öffentlichen Ordnung; l'ancien combattant (m) der Veteran; voter un texte ein Gesetz verabschieden; contribuer à beitragen; le sujet das Thema; la torture die Folter; l'abandon (m) das Fallen- lassen, die Preisgabe; éprouver un besoin ein Bedürfnis empfinden; se décharger de sich befreien von; le devoir de mémoire die Erinnerungspflicht; essentiel,le entscheidend; l'appelé (m) der Einberufene; le pied-noir der Algerien-Franzose; les descendants (m/pl) die Nachkommen; la blessure die (moralische) Wunde; tant que solange; une bonne fois pour toutes ein für alle Mal; la responsabilité die Verantwortung; empoisonner vergiften; la réconciliation die Versöhnung; siffler auspfeifen; le supporter der Fan; envahir stürmen; l'humiliation (f) die Kränkung; lié,e à verbunden mit; tourner la page einen Schlussstrich ziehen.]

 

Sujets d’étude

  1. Dans quelle mesure l'Algérie a été un tabou au même titre que Vichy et pour quelle raison ce tabou est en train de tomber?
  2. Par quels moyens la IV République a-t-elle essayé de minimiser le conflit ? Quels sont les termes employés pour « occulter » la guerre.
  3. Quand est-ce que la désignation « guerre d'Algérie » a été reconnu officiellement ?
  4. Quel rôle les jeunes générations ont-elles joué pour dévoiler les faits cachés auparavant dans les archives ?
  5. A l'heure actuelle, quelles sont les personnes qui sont toujours directement concernées par la « blessure » de l'Algérie ?
  6. Qu’est-ce que l’on a appelé « le match de la réconciliation « ?
  7. En quoi consiste l'ambigüité des jeunes algériens?
  8. Quel est le rapport entre la guerre d’Algérie et le problème de l’identité nationale ?
  9. Pour quelles raisons les Français aussi bien que les Algérien ont-ils du mal à parler de la guerre d’Algérie ?


Commentaire / discussion

  • A votre avis, pourquoi « Vichy » et « la guerre d’Algérie » sont tombés dans l’oubli pendant 40 ans ? Avancer des hypothèses et justifier vos arguments.
La vérité sur la torture
 
Die Folterung algerischer Freiheitskämpfer war an der Tagesordnung und notwendig: so die Aussage eines Generals in seinem umstrittenen Buch.
 
La torture est un de ces sujets que la France aurait à tout prix voulu oublier. Récemment, la parution du livre du général Aussaresses a remis ce sujet sous les feux de l'actualité.
 
Paul Aussaresses, général à la retraite, 83 ans, a raconté son expérience de la guerre d'Algérie (il était responsable d'un bataillon de parachutistes à Alger en 1957) dans ce livre paru en mai 2001 : Services spéciaux, Algérie 55-57. Il y mentionne les actes de torture et même les assassinats qu'il a commis pendant cette période ; il raconte la torture à l'électricité infligée aux Algériens auxquels on plaçait des électrodes sur la langue ou sur les testicules ; il raconte comment il a fait «descendre» lui-même 60 prisonniers musulmans soupçonnés d'un massacre d'Européens en août 1955.

Autant que l'horreur des faits eux-mêmes, c'est le ton du livre qui a choqué. Car le général Aussaresses ne regrette absolument rien : «J'étais indifférent. Il fallait les tuer, c'est tout, et je l'ai fait», écrit-il. Ou encore : «La torture devenait légitime dans les cas où l'urgence l'imposait. Un renseignement obtenu à temps pouvait sauver des dizaines de vies humaines.»
Cet argument est celui le plus couramment employé pour justifier l'usage de la torture. Mais une jeune historienne, Raphaëlle Branche, démontre dans son livre La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie, que la torture en Algérie était bien plus que cela : «Torturer, ce n'est pas seulement faire parler, c'est aussi faire entendre qui a le pouvoir.» Selon elle, 108 175 personnes ont subi la torture dans le centre le plus connu, la ferme Améziane (région de Constantine). À partir de ce chiffre, elle estime à plusieurs centaines de milliers le nombre d'Algériens qui ont été torturés par l'armée française.
 
[récemment kürzlich ; la parution das Erscheinen ; sous les feux de  in den Blickpunkt ; l'actualité der Öffentlichkeit ; à la retraite in Rente; mentionner erwähnen; commettre un assassinat einen Mord begehen; infligé,e zugefügt; le testicule der Hoden; descendre (fam.) abknallen; le prisonnier der Gefangene; soupçonné,e verdächtigt; indifférent,e gleichgültig ; l'urgence (f) die Dringlichkeit; à temps rechtzeitig; faire entendre zu verstehen geben; subir erleiden.]

 

La France rend enfin hommage aux harkis
 
Frankreich ließ zu, dass die Algerier, die an seiner Seite gekämpft hatten, von den eigenen Landsleuten massakriert wurden. Eine späte Wiedergutmachung bahnt sich an.
En ce 25 septembre 2001, quand il prend la parole pour rendre solennellement hommage aux harkis, ces musulmans engagés aux côtés de l'armée française, les mots de Jacques Chirac sont soigneusement pesés : «La France, en quittant le sol algérien, n'a pas su empêcher le massacre des harkis. Elle n'a pas su sauver ses enfants.»
 
Pour la première fois, du bout des lèvres, Jacques Chirac fait l'aveu d'une responsabilité française. Bien sûr, les associations de harkis ne sont pas totalement satisfaites, car la France n'a pas présenté explicitement ses excuses. Mais le progrès est net.
 
Pourquoi le problème des harkis est-il si douloureux? De manière rigoureuse, on appelle «harkis» les musulmans qui ne faisaient pas partie des appelés ou des groupes régulières, mais qui étaient des «supplétifs», sous contrat mensuel et sans statut militaire. En mars 1962, il y avait 140 000 musulmans au service de la France, dont 56 000 dans les troupes régulières. Pourquoi s'étaient-ils engagés aux côtés de la France? Certains ont été forcés. D'autres se sont engagés par haine des brutalités du FLN. Un certain nombre, enfin, s'est engagé par conviction. Lors des accords d'Évian, le sort de ces musulmans considérés comme des traîtres par le FLN a bien entendu été évoqué : les négociateurs français avaient obtenu un accord suivant lequel aucunes représailles ne seraient exercées contre eux. Mais cet engagement avait été conclu avec le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne). Or, au moment où l'Algérie devient indépendante, ce gouvernement éclate. Et le nouveau gouvernement ne se sent pas lié par les engagements du GPRA.
Des massacres éclatent. Or les harkis, et c'est là le point le plus douloureux de la mauvaise conscience française, ont été désarmés.

Sans défense, beaucoup d'entre eux (entre 30 000 et 100 000) sont alors massacrés par les hommes du FLN ; 20 000 trouvent refuge en France où ils seront parqués dans des camps dans des conditions déplorables. Rejetés par les Algériens qui les considèrent comme des traîtres, et abandonnés par les Français, les harkis et leurs descendants allaient entamer un long et difficile combat contre l'oubli.
 
[rendre hommage ehren ; solennellement feierlich ; soigneusement pesé,e abgewägt ; empêcher verhindern ; du bout des lèvres widerwillig ; faire l'aveu (m) eingestehen ; explicitement ausdrücklich ; de manière rigoureuse streng genommen ; les supplétifs (m/pl) die Hilfstruppen ; le contrat der Vertrag ; forcer zwingen ; la haine der Hass ; le FLN (Front de  libération nationale)  Befreiungsbewegung; la conviction die Überzeugung; le sort das Schicksal; le traître der Verräter; bien entendu selbstverständlich; éclater auseinanderbrechen; lié,e gebunden; la mauvaise conscience das schlechte Gewissen; désarmer entwaffnen; trouver refuge (m) Zuflucht finden; parquer zusammenpferchen; le camp das Lager; déplorable erbärmlich; rejeté,e  verstoßen; entamer beginnen.]
 
 
Les chiffres de la guerre d'Algérie
 
* Nombre total de victimes : entre 200 000 et 300 000 morts ou disparus
* Nombre de victimes chez les Français : 24 000 morts (dont 4 500 musulmans)
* Nombre de victimes du côté du FLN : 141 000
* Nombre de victimes civiles du terrorisme du FLN : 19 000 morts (dont 6 000 musulmans), 21 000 blessés et 14 000 disparus
* Nombre de victimes du terrorisme de l'OAS : 2 700 morts
la victime  das Opfer; le disparu der Vermisste
 
 
Sujets d’étude
  1. Pourquoi est-ce que le livre du général Aussaresses a remis la responsabilité du gouvernement français sous les feux de l'actualité?
  2. L’horreur de la torture même ainsi que le ton du livre ont choqué le public. Donnez quelques exemples pour illustrer ces deux phénomènes.
  3. Quel est le chiffre avancé par Raphaëlle Branche pour les personnes qui ont subi la torture ?
  4. Les harkis, qui étaient-ils?
  5. Pourquoi s'étaient-ils engagés aux côtés de la France?
  6. Qui voulait les tuer à la fin de la guerre d’Algérie ? Quel a été leur sort ?
  7. Quelle est la part de responsabilité qui incombe au gouvernement français dans les massacres des harkis ?
  8. Exposez les chiffres sur la guerre d’Algérie et commentez-les.

 


La blessure des harkis devant les tribunaux
(Niveau B 2)
39 ans après la fin de la guerre d'Algérie
Libération, 30.08.2001, par Jacqueline Coignard
 
 
 
Les harkis – anciens supplétifs algériens de l’armée française en Algérie – ont porté plainte pour crime contre l’humanité. Ils accusent la France de les avoir trahis en 1962 et de les avoir livrés à la vengeance collective des nationalistes algériens. On estime à 65 000 le nombre des harkis massacrés sur ordre des autorités algériennes après l’indépendance du pays.
 
C’est aujourd’hui qu’un groupe de harkis va déposer auprès du tribunal de grande instance de Paris une plainte contre X qui vise la France pour « crime contre l’humanité ». L’annonce qu’en avait faite au mois d’avril Me Philippe Reulet, leur avocat, sonnait comme un appel à la mobilisation et aux témoignages. Finalement, ils seront neuf particuliers et une association à porter cette accusation.
 
Selon les plaignants, la France a sciemment condamné les harkis et leurs familles à une mort certaine, dès la signature des accords d’Evian qui mettaient un terme à la guerre d’Algérie, en mars 1962. Et de décrire les étapes d’un lâchage planifié : on désarme par la force ou par la ruse ces supplétifs de l’armée française ; on les exclut des plans d’évacuation ; on leur interdit toute retraite vers l’Hexagone. Tout en ayant la certitude qu’un bain de sang les attend. Quant à ceux qui ont malgré tout réussi à s’enfuir et qui n’ont pas été refoulés à leur arrivée sur le sol français, ils ont été parqués dans des camps, dans des conditions qui constituent des « atteintes graves à leurs droits essentiels », expliquent les requérants.
 
LES opérations de désarmement collectif dans les harkas ont démarré dès mars 1962, alors que la France s’engageait à rester garante du maintien de l’ordre jusqu’au 2 juillet, veille de l’indépendance de l’Algérie. Les supplétifs n’avaient aucune raison de s’y prêter de bonne grâce : au cours des mois précédents, « les principaux responsables politiques et militaires du FLN appelaient sans précautions oratoires au meurtre des harkis et de leurs familles, qui n’étaient plus désignés que sous le vocable unique de traîtres », écrit Me Reulet. (…)
 
Pour démontrer que les autorités françaises ne se faisaient aucune illusion sur les « promesses de pardon » faites par l’ALN (Armée de libération nationale algérienne) pendant les négociations préparatoires aux accords d’Evian, Me Reulet cite le livre écrit par un militaire, le général Maurice Faivre. Qui indique que des directives secrètes algériennes, interceptées par l’armée française (…) donnaient pour mission de « se montrer conciliant envers les harkis afin de ne pas provoquer leur départ en métropole, ce qui leur permettrait d’échapper à la justice de l’Algérie indépendante. Les valets du régime ne trouveront le repos que dans la tombe ».
 
C’est donc en toute connaissance de cause que les autorités françaises ont bloqué en Algérie les harkis qu’elles avaient utilisés depuis 1954 pour leur connaissance du terrain, estiment les signataires de la plainte. Ils reproduisent notamment deux documents où Louis Joxe, ministre d’État chargé des Affaires algériennes, rappelle que les militaires ou fonctionnaires qui aideraient au rapatriement de harkis en métropole doivent être sanctionnés.
 
Une note détaillée du commandement supérieur des forces armées en Algérie insiste : « n’accorder asile que dans des cas exceptionnels ». Non seulement parce que la présence en France des harkis n’est pas souhaitée, mais aussi parce qu’il s’agit de ne pas froisser « le gouvernement algérien, (…) en protégeant ses opposants ».
 
C’est ainsi que les harkis ont été égorgés par dizaines de milliers par le FLN victorieux ou les combattants de la vingt-cinquième heure. « Ces exécutions massives et sommaires constituent, pas leur ampleur et le fait qu’elles aient été perpétrées et inspirées pour des raisons politiques, des crimes contre l’humanité », écrit Me Reulet. Les plaignants relèvent par ailleurs que les familles « accueillies » l’ont été dans des conditions très spéciales : camps insalubres, travaux forcés sans rémunération, couvre-feu. (…)
 
Les harkis porteurs de cette plainte ne veulent pas se contenter de l’unique journée nationale d’hommage qui leur est réservée, à l’initiative du président de la République, le 25 septembre prochain. Ils veulent que la vérité soit établie, même quarante ans après. « Il ne s’agit pas de faire l’Histoire devant une juridiction. Je ne suis pas pour la judiciarisation de l’Histoire. Mais nous voulons des comptes : qui a fait quoi, et pourquoi », explique Me Reulet. (…)
 
Vocabulaire
 
La guerre d’Algérie der algerische Unabhängigkeitskrieg (1954-1962) – blessure (f.) h.: moralische Wunde – les supplétifs (m.pl.) h.: die Hilfstruppen – porter plainte (f.) Anzeige erstatten – le crime contre l’humanité das (nicht verjährbare) Verbrechen gegen die Menschheit – trahir verraten – vengeance (f.) Rache – déposer (Anzeige, Klage) einreichen – le tribunal de grande instance das Zivilgericht (der 2. Instanz) – la plainte contre X die Anzeige gegen Unbekannt – viser qn s. gegen jdn. richten – Me = Maître (Rechtsanwalt oder Notar) – témoignage (m.) Zeugenaussage – le particulier die Privatperson – le plaignant der Kläger – sciemment wissentlich – les accords d’Évian das Friedensabkommen von Évian (zwischen Frankreich un den alger. Nationalisten, 18-3-1962) – terme (m.) h. : Ende – la lâchage das Fallenlassen, die Preisgabe – ruse (f.) List – exclure ausschließen – évacuation (f.) gem. : der in Algerien lebende Franzose – retraite (f.) Rückzug – l’Hexagone (m.) gem.: Frankreich – tout en ayant la certitude gleichwohl man die Gewissheit hat – quant à was ...betrifft – refouler zurückdrängen – sol (m.) Boden – parquer zusammenpferchen – atteinte (f.) Verletzung – le requérant der Antragsteller – LES...la harka (arab.) das Harki-Regiment – démarrer beginnen – alors que während – s’engager s. verpflichten – le maintien der Erhalt – la veille der Vortag – s’y prêter de bonne grâce gerne dabei mitmachen – le FLN Front de libération nationale (spätere Einheitspartei der alger. Nationalisten) – sans précautions oratoires ohne Vorsicht bei der Wortwahl – meurtre (m.) Ermordung – unique einzig – traître (m.) Verräter – intercepter abfangen – mission (f.) h.: Auftrag – en métropole (f.) gem.: im französischen Mutterland – valet (m.) Diener – tombe (f.) Grab – en toute connaissance de cause in voller Kenntnis der Sachlage – bloquer qn jdn. festsetzen – chargé de beauftragt mit – le rapatriement die Rückführung in die Heimat – sanctionner bestrafen – froisser kränken – égorger qn jdm. Die Kehle durchschneiden – sommaire (Exekution) im Schnellverfahren – ampleur (f.) Ausmaß – perpétrer verüben – relever h.: betonen – par ailleurs außerdem - accueilli gem.: von Frankreich als Asylanten aufgenommen – insalubre gesundheitsschädlich, verslumt – rémunération (f.) Bezahlung – le couvre-feu die Ausgangssperre – la judiciarisation de l’Histoire die strafrechtliche Aufarbeitung der Geschichte – vouloir des comptes (m.pl.) Rechenschaft verlangen.
 
 
Qui sont les harkis?
 
« Militaire indigène d’Afrique du Nord qui servait dans une milice supplétive (harka) au côté des Français. » La définition de harkis (mot arabe) proposée par le dictionnaire Robert date des débuts de la guerre d’Algérie. Les premiers régiments de harkis ont été formés en 1954 pour défendre les villages contre les nationalistes algériens. Au cours du conflit, les harkis ont aussi opéré en commando offensif, sous la responsabilité d’un officier français. Quelque    250 000 harkis auraient ainsi servi aux côtés de l’armée française en Algérie, entre 1954 et 1962. Le nombre des harkis assassinés comme « traîtres » pas les nationalistes au lendemain de l’indépendance (juillet 1962) est difficile à préciser. Les chiffres avancés varient, selon les sources, entre 65 000 et 150 000. Aujourd’hui, le terme harki désigne les enfants de ceux qui ont réussi à se réfugier en France grâce á des initiatives courageuses d’officiers français. Les harkis de France et leurs familles représentent entre 400 000 et 900 000 personnes installées pour la plupart dans la Région sud de la France, dans des conditions précaires.
 
Vocabulaire
 
Indigène einheimisch – une milice supplétive eine Hilfsmiliz – assassiner ermorden – traître (m.) Verräter – au lendemain de kurz nach – source (f.) Quelle – se réfugier sich flüchten.
 
 
  Sujets d’étude
 
  1. Que désigne le mot arabe "harka, harki"? Traduisez-le en français.
  2. Que désigne-t-il aujourd'hui?
  3. A l'heure actuelle, quel est le nombre des "harkis" vivant en France? Dans quelle région vivent-ils essentiellement?
  4. Quand et pourquoi les premiers "harkis" ont-ils été formés.
  5. Quel est le nombre des "harkis" qui ont servi dans l'armée française?
  6. A combien s'élève le chiffre des "harkis" assassinés après l'indépendance de l'Algérie?
  7. Qui en était responsable?
  8. De quel crime les "harkis" accusent-ils la France?
  9. Qui a déposé la plainte auprès du tribunal de grande instance?
  10. Pourquoi la France serait-elle coupable?
  11. Quels étaient les objectifs déclarés du FLN au sujet des "harkis"? Comment les désignaient-ils?
  12. Est-ce que les militaires français connaissaient les directives secrètes de l'ALN?
  13. Deux documents français soulignent pourquoi on devait empêcher le rapatriement des harkis en métropole.
  14. Pourquoi, selon les plaignants, s'agissait-il d'un "lâchage planifié"?
  15. Que sont advenus ceux qui ont réussi à s'enfuir vers l'Hexagone?
  16. Dans quelle mesure les "harkis" étaient les valets du régime français?

Pour aller plus loin cliquez ici

 

Plainte contre X pour crimes contre l'Humanité
Harkis, une histoire dramatique et refoulée
Définition de l'Encyclopaedia Universalis
Les harkis à travers la presse: Le Monde, l'Express,
Discours d'Alain Madelin
Histoire détaillée des harkis
Association des harkis
Le site de la Communauté harkie

 

Les Harkis à travers la presse
LEMONDE.FR 08.06.01 Claudia Courtois
 
 
Pendant vingt ans, des familles ont été parquées derrière les barbelés du camp de Bias.
Bias est un petit village champêtre de trois mille habitants, près de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). A l'écart de la D911 qui mène au village, s'étend le centre d'accueil des rapatriés d'Algérie, là où se trouvait le camp de Bias; le "mouroir des harkis", soufflent ses habitants.
Aujourd'hui, les barbelés ont disparu. Deux cents personnes, des harkis et leurs enfants, vivent dans de petits pavillons individuels. Il a fallu attendre les émeutes de 1975 pour que l'on envisage de raser le camp et de le reconstruire en dur, ce qui ne sera fait qu'en 1983. A partir de 1962, année de l'indépendance en Algérie, on y a enfermé des centaines de Français musulmans rapatriés. Le camp de Bias a hébergé essentiellement des invalides, des vieillards et leurs familles. "Ils étaient tous salement amochés, traumatisés par la guerre et leur départ d'Algérie, se souvient Patrick Jammes, médecin pendant trente ans du dispensaire installé dans le camp. Ils avaient des bouts de plastique et des cicatrices partout. Les conditions de leur accueil étaient déplorables : on les qualifiait de traîtres dans une atmosphère de racisme anti-arabe."
Les supplétifs étaient isolés : grillages, barbelés, sapins géants, entrée cadenassée la nuit tombée, école, alimentation et dispensaire intégrés. L'électricité était coupée à 22 heures; les courriers étaient ouverts et le drapeau était levé chaque matin au son du clairon. Surveillance, intimidation, corruption et abus de pouvoir rythmaient le quotidien des 1300habitants. Ils ne pouvaient se doucher qu'une fois par semaine. Plusieurs familles partageaient les mêmes toilettes extérieures et toutes vivaient dans quatre baraquements en ciment datant des années 1930. Les enfants étaient envoyés en centre de redressement pour un papier jeté par terre. "On allait dans des établissements spécialisés avec d'autres enfants de harkis, s'emporte Larbi Bouzaboun, aujourd'hui employé à la ville de Villeneuve-sur-Lot. On était dressés à coups de poing et on n'avait pas d'autre choix que celui d'apprendre des métiers imposés : maçon, peintre en bâtiment… C'est pas normal."
ALCOOLISME ET CRISES D'ANGOISSE
Les hommes se sont souvent réfugiés dans l'alcool. Certains allaient au dispensaire pour un cachet de valium ou une piqûre de tranquillisant. D'autres, les mêmes parfois, étaient internés en hôpital psychiatrique. "Un pavillon de l'HP local était réservé au camp, rappelle M. Jammes. Au début, on les envoyait par car entier. Le directeur de l'époque s'en servait pour mater les récalcitrants." Mais les crises de démence, d'angoisse, de délire, les coups de fusil étaient réels et les pathologies mentales plus développées qu'ailleurs. Presque tout le monde était rongé de cauchemars. Certains le sont toujours. A l'angle d'une rue, un minuscule jardin est protégé par… des barbelés. "C'était un vieux qui habitait là, raconte un voisin. Il a toujours eu peur du retour des fellaghas."
Le jour du cessez-le-feu en Algérie, en 1962, les harkis avaient été désarmés. Les anciens de Bias se souviennent de leur départ précipité, contre l'avis du gouvernement français. Certains ont abandonné maison, femme et enfants. D'autres sont restés. La plupart ont été tués, poursuivis par le FLN ou la vindicte populaire, ou ont été emprisonnés dans les geôles algériennes.
Sur le banc d'un Abribus, quatre vieux harkis jettent leur regard dans le vide. Mohamed Bouafia pose ses mains crispées sur une canne. Ses yeux, comme sa voix, sont minuscules et fatigués. Il fait partie de ceux qui sont restés en Algérie et n'est arrivé à Bias qu'en 1968. Depuis 1962, il croupissait dans le camp Maréchal-Foch, à côté de Tizi Ouzou. "Quand on m'a mis en prison, on m'a dit qu'on allait tous mourir et chaque nuit, j'entendais des prisonniers crier, tués à coups de pioche." "Parfois, on devait courir pieds nus sur des tessons de bouteille, ajoute Mouloud, détenu dans le même camp. Ou alors, on subissait la “poche”, du sel glissé entre la peau et la chair…" Il fait du vent avec sa casquette, comme pour faire disparaître les mauvais souvenirs : "Ils nous ont cassés, tout cassés." Tous considèrent qu'ils ont été enrôlés de force dans l'armée française. "Ils ont tué mes parents et, après, le capitaine m'a demandé de choisir entre la mort et l'armée, se souvient M. Bouafia. Mes frères, eux, étaient FLN. Je ne les ai jamais revus." Malgré ses cauchemars, le vieil homme ne regrette rien : "Si c'était à refaire, je le referais avec un gouvernement français." Ils sont nombreux à être plus amers : "Pourquoi, après avoir été fidèles à la France, a-t-on été trahis, abandonnés et oubliés ?"
 

 
De Gaulle et la tragédie des harkis
Le Figaro 4-11-2003 - Claude Jacquemart
 
Au lendemain des accords d’Évian (18 mars 1962), entre 10 000 et 150 000 harkis restés en Algérie furent massacrés par leurs compatriotes, qui regardaient les anciens supplétifs de l’armée française comme des traîtres. Dans son livre « Un mensonge français : enquête sur la guerre », l’auteur Georges-Marc Benamou accuse les autorités françaises de l’époque, notamment le général de Gaulle et son ministre Pierre Messmer, d’avoir volontairement abandonné les harkis à leur sort. Pourquoi ? Retour sur les faits historiques.
En mars 1959, à propos de l’Algérie, de Gaulle confie à Alain Peyrefitte, qu’il reçoit pour la première fois à l’Élysée et dont les circonstances feront un confident : « Il ne faut pas se payer de mots ! C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »
Au cours du même entretien, le président de la République s’exclame. « Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme des Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » Quelques mois plus tard, il dira encore : « On peut intégrer des individus ; et encore, dans une certaine mesure seulement. »
CES réflexions éclairent la politique qui, trois ans plus tard, après la signature des accords d’Évian mettant fin officiellement aux combats en Algérie, sera suivie à l’égard des supplétifs de l’armée française, communément baptisés harkis.
CE qui attend ces indésirables, ce sont donc des camps tels que Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales, où furent internés autrefois des républicains espagnols chassés de leur pays par la victoire franquiste, puis des Juifs sous le régime de Vichy ; Bagnols-les-Bains, en Lozère ; Bias, dans le Lot-et-Garonne ; bien d’autres encore. Des ghettos ruraux... (...)
Par touches successives, les gouvernements qui se succéderont tenteront d’améliorer le sort des harkis et, en fin de compte, de leur rendre justice. Mais au fil des années « beaucoup de ces anciens supplétifs » disparaîtront sans avoir vu le bout de leur malheur. Des blessures ne seront jamais refermées, des tragédies ne seront pas évitées. Une jeune femme comme Dalila Kerchouche, aujourd’hui journaliste à L’EXPRESS, constitue un modèle d’intégration réussie. Mais l’un de ses frères, atteint d’un incoercible mal de vivre après avoir grandi dans un camp, s’est pendu.
 

 
Les massacres du 17 octobre 1961
(Pont parisien en octobre 1961)
 17octobre.jpg
 
5 octobre 1961 communiqué du préfet de police Maurice Papon
Dans le but de mettre un terme sans délai aux agissements criminels des terroristes, des mesures nouvelles viennent d'être décidées par la préfecture de police. En vue d'en faciliter l'exécution, il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s'abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement de 20h30 à 5h30 du matin. (...)
D'autre part, il a été constaté que les attentats sont la plupart du temps le fait de groupes de trois ou quatre hommes. En conséquence, il est très vivement recommandé aux Français musulmans de circuler isolément, les petits groupes risquant de paraître suspects aux rondes et patrouilles de police. Enfin, le préfet de police a décidé que les débits de boissons tenus et fréquentés par les Français musulmans d'Algérie doivent fermer chaque jour à 19 heures.
 

Ce qui sj'est passé le 17 octobre
par Charlotte Nordmann

Les événements du 17 octobre 1961 ont longtemps été frappés d'un oubli presque entier. Longtemps, nul ne semblait savoir qu'avait eu lieu en 1961 une manifestation de masse d'Algériens à Paris, ni qu'elle avait été réprimée avec une extrême violence. Il importe de déterminer les raisons de cet oubli, mais aussi de comprendre comment il a pu être, depuis les années 1980, progressivement et partiellement dissipé . Ce n'est qu'à cette condition qu'il 1.
Le contexte
En 1961, la nécessité d'une solution négociée au conflit algérien s'est imposée. Des négociations ont été officiellement ouvertes entre le gouvernement français et le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne le 20 mai 1961. Il est hors de doute pour les participants que les négociations aboutiront à l'institution d'un État algérien indépendant : les discussions portent sur les conditions exactes de l'indépendance. Et pourtant c'est à partir de l'été 1961 qu'eurent lieu les plus terribles violences que connut le territoire métropolitain pendant la Guerre d'Algérie. C'est cette contradiction que met en évidence l'examen des faits qui ont conduit aux massacres du 17 octobre 1961.

En 1961, Maurice Papon est préfet de police de Paris. Nommé à ce poste en 1958 sous la IVème République, il y a été maintenu par le président Charles de Gaulle sous la Vème. Lorsqu'en 1958 M. Papon est nommé préfet, à la suite de violentes manifestations de policiers parisiens, sa recommandation est " l'efficacité " dont il a fait preuve lors de son mandat de préfet à Constantine. De 1956 à 1958, en tant que préfet et IGAME pour les départements de l'Est algérien, il a instauré un système de répression dans lequel la torture est systématique, les exécutions sommaires courantes. Lorsqu'il est nommé préfet de police à Paris en 1958, il répond à une campagne d'attentats menés en métropole par le F.L.N. en organisant des rafles massives de "Français musulmans d'Algérie ". Les violences à l'encontre de la population nord-africaine de Paris s'institutionnalisent : le préfet de police crée la Force de police auxiliaire, constituée de harkis, qui pratique la torture ; il fait ouvrir le Centre d'Identification de Vincennes, où peuvent être internés, sur simple décision administrative, sans jugement, les Nord-Africains " suspects". M. Papon va jusqu'à instaurer, le 1er septembre 1958, un couvre-feu pour les Nord-africains. Boycotté par le F.L.N., il tombe peu à peu en désuétude. Au cours des opérations de police, des internements, des rafles et des "contrôle" par les harkis, des hommes disparaissent. De nombreuses plaintes sont déposées, pour torture, pour meurtre ; malgré l'accumulation de témoignages accablants, malgré les constatations de sévices par des médecins, malgré le nombre de disparitions, aucune plainte n'aboutira. Toute la population nord-africaine de la région parisienne souffre de ces rafles systématiques et de la violence des harkis qui patrouillent dans les quartiers qu'elle habite, par exemple dans le 18ème ou le 13ème arrondissement.

Ces violences s'ajoutent à la condition extrêmement dure qui est faite par ailleurs aux travailleurs nord-africains en métropole. Dans leur très grande majorité, ce sont des célibataires que de grandes firmes industrielles françaises ont fait venir par contingents : la France manque de main d'œuvre et les populations rurales d'Algérie ou du Maroc constituent une force de travail docile. Ils vivent dans des hôtels à Paris ou dans des bidonvilles, comme à Nanterre. La surpopulation et l'isolement forcé qu'ils subissent tiennent à la fois à leur pauvreté et au refus des propriétaires français de leur louer des appartements. Les Algériens " immigrés " en métropole sont très strictement encadrés par le F.L.N. Cela signifie en particulier que tous sont contraints de cotiser - ceux qui refusent risquent la mort.

2.  D'août 1961 au couvre-feu d'octobre
En août 1961, les rafles et les perquisitions s'intensifient, les violences et les détentions arbitraires, au faciès, se multiplient. Ce redoublement de l'offensive policière se produit alors que le F.L.N. a cessé ses attentats à Paris et en banlieue depuis plusieurs semaines. Les attentats de l'O.A.S. deviennent au même moment de plus en plus nombreux, visant parfois des hôtels où vivent des Algériens. Fin juillet 1961, les négociations entre le gouvernement français et le G.P.R.A. ont achoppé sur la question du Sahara, la France contestant la souveraineté du futur État algérien sur cette région. En août 1961, le président Charles de Gaulle est prêt à céder sur cette question d'importance pour relancer les négociations. Il entend en même temps être en position de force pour négocier. C'est le sens de son geste lorsque, fin août 1961, il démet de ses fonctions le Garde des Sceaux Edmond Michelet, favorable depuis longtemps à la négociation avec le F.L.N. Il cède ainsi à la pression de son Premier ministre Michel Debré, lequel est profondément partisan de l'Algérie française. En renvoyant Edmond Michelet, il signifie qu'il accepte le durcissement de la répression contreles « Français musulmans d’Algérie ».

Le F.L.N. décide, fin août 1961, de reprendre sa campagne d'attentats en métropole. Les policiers sont visés ; onze d'entre eux seront tués et dix-sept autres blessés de la fin août au début octobre 1961. A la suite de ces attentats, trois organisations syndicales de policiers, dont la principale, se constituent en un " Comité permanent de coordination et de défense " et exigent du pouvoir des exécutions de condamnés à mort et un couvre-feu pour les Nord-africains A partir de septembre 1961, des rafles massives sont organisées. Au cours de ces rafles, des personnes disparaissent. C'est aussi à partir de septembre que l'on commence à entendre parler de cadavres de Nord-africains retrouvés dans la Seine. A la pression des policiers, qui parlent de " se faire justice soi-même ", M. Papon répond par un discours sans ambiguïté : le 2 octobre, aux obsèques d'un policier, il déclare: " Pour un coup rendu, nous en porterons dix ", puis, plus tard, il assure les policiers que, s'ils tirent les premiers, ils seront " couverts ". Le 5 octobre, il instaure un couvre-feu pour les " Français musulmans d'Algérie ". Malgré les dénégations du ministre de l'Intérieur, ce couvre-feu raciste institutionnalise la confusion entre « Algérien » et criminel.

3.  La manifestation
Le F.L.N. décide d'organiser un boycott du couvre-feu. Une circulaire du 7 octobre met fin à la campagne d'attentats en métropole : il s'agit par ce boycott de changer entièrement de stratégie et de renverser l'opinion publique française. Alors que les attentats s'inscrivaient dans une logique de clandestinité et de guerre, le boycott du couvre-feu doit prendre la forme d'une manifestation pacifique de masse, au grand jour. La manifestation doit avoir lieu dans tout Paris, le long des artères principales de la ville. Tous doivent y participer, les familles entières. Les manifestants ont la consigne de ne répondre à aucune provocation, à aucune violence ; des cadres du F.L.N. les fouillent avant la manifestation pour s'assurer qu'ils n'ont rien qui puisse servir d'arme. Tous les Algériens de la région parisienne doivent participer à la manifestation, sous la contrainte si nécessaire : il s'agit non seulement pour la Fédération de France du F.L.N. de démontrer son emprise sur les Algériens en métropole, mais aussi de faire exister aux yeux des Français le peuple algérien. A l'institutionnalisation de l'arbitraire et du racisme, il faut répondre par la revendication d'une existence politique. Les dirigeants de la Fédération de France estiment que la répression qui ne peut manquer de s'abattre sur les manifestants mettra en lumière la violence du pouvoir et la légitimité de la lutte du peuple algérien pour son indépendance.
Au matin du mardi 17 octobre, la police sait qu'une manifestation de masse se prépare ; des cars de police quadrillent la ville, des policiers cernent les bouches de métro aux portes de Paris, prêts à arrêter les manifestants. Aux portes de Paris, à la sortie des métros Étoile, Opéra, dans les couloirs de la station Concorde, sur les Grands Boulevards, les manifestants seront systématiquement matraqués, à coups de crosse, de gourdin, de bâton, souvent jusqu'à ce qu'ils s'effondrent. Les policiers frappent au visage, au ventre, des manifestants qui ne font montre à aucun moment d'aucune violence ni d'aucune résistance. Sur le boulevard Bonne-Nouvelle, au pont de Neuilly, au Pont-Neuf d'Argenteuil et en d'autres lieux, les policiers tirent sur les manifestants. Sur les ponts aux portes de Paris et sur le pont Saint-Michel, des hommes sont précipités à la Seine. En plein Paris et pendant plusieurs heures se déroule une véritable chasse au faciès, à laquelle la population parisienne assiste et collabore même parfois. Le préfet de police M. Papon suit toutes les opérations et se rend lui-même à l'Etoile, pour constater leur " bon déroulement ". Il a aussi connaissance de toutes les liaisons radio de la police. Il sait donc que de faux messages d'information circulent selon lesquels des policiers auraient été tués. Il ne les démentira pas.

Plus de dix mille Algériens sont interpellés. Ils sont internés au palais des Sports, au Parc des Expositions, au stade de Coubertin, au Centre d'Identification de Vincennes, pendant près de quatre jours. Quatre jours pendant lesquels les violences continuent. A leur arrivée, les manifestants sont systématiquement battus. Dans l'enceinte des lieux d'internement, on assiste à des exécutions et nombreux sont ceux qui meurent de blessures non soignées. Au lendemain de la manifestation, le bilan officiel est de deux morts algériens. Il fait état de " tirs échangés " entre la police et les manifestants. Malgré les efforts de quelques parlementaires, le gouvernement empêche la création d'une commission d'enquête. Aucune des plaintes déposées n’aboutira.
S'il n'est pas possible de déterminer exactement combien d'Algériens furent tués le 17 octobre 1961 et les jours qui suivirent, il reste que le chiffre de plusieurs centaines de morts, avancé par J-L. Einaudi dans son livre La Bataille de Paris à partir de l'étude de registres de cimetières, de témoignages et de documents internes du F.L.N., est le plus vraisemblable. De nombreuses archives administratives qui auraient été essentielles au dénombrement des victimes ont aujourd'hui disparu. Ceci explique pourquoi le rapport Mandelkern - commandité par le gouvernement et rendu public en 1998 - et le livre de J-P. Brunet, qui tous deux se fondent sur les archives existantes de la préfecture de Police, concluent à un nombre de morts bien inférieur - autour d'une quarantaine. Le rapport Mandelkern reprend du reste à son compte la version selon laquelle des tirs auraient été échangés entre les manifestants et la police.
 
L'oubli et la mémoire
par Charlotte Nordmann et Jérôme Vidal

1. La censure étatique
L'oubli qui a frappé la journée du 17 octobre 1961 est-il dû à la censure organisée par le pouvoir ? C'est une explication que l'on a souvent invoquée ; et au regard du nombre des saisies et des interdictions de publication, elle semble justifiée. Le gouvernement chercha à imposer le silence sur la terrible répression qui frappa ce jour là les Algériens. Au lendemain de la manifestation, le bilan officiel est de trois morts. Pour maintenir cette version, le gouvernement doit faire taire ceux qui la contesteraient. Le 17 octobre même, on interdit aux journalistes d'être présents. Les quelques images de télévision qui existent sont dues à des télévisions étrangères. Ceux qui tentent malgré tout de prendre des photos voient leur matériel détruit. Les saisissantes photos prises par Elie Kagan durent l'être clandestinement. Les lieux d'internement restèrent interdits aux journalistes pendant les quatre jours que dura la détention des Algériens ; les seuls témoignages qui les décrivent sont dus aux manifestants eux-mêmes, à des médecins, à des militaires ou à des appelés.

Le journal Vérité-Liberté, qui dénonce les massacres et reproduit des témoignages, en particulier un tract de policiers dénonçant la violence extrême de la répression, est immédiatement saisi sur ordre du préfet de police M. Papon. Fin 1961, le livre Ratonnades à Paris, de P. Péju, est saisi lui aussi. Le film de J. Panijel, Octobre à Paris, qui reconstitue la manifestation à partir des photos de E. Kagan et de témoignages d'Algériens, est saisi par la police lors de sa première projection, en octobre 1962. Malgré les efforts de certains parlementaires, le gouvernement empêche la création d'une commission d'enquête sur les crimes du 17 octobre et des jours suivants. Aucune des poursuites judiciaires engagées, aucune des plaintes déposées n'a non plus abouti. Aucun policier ne sera condamné pour les crimes commis, aucun responsable politique n'aura à en répondre. Il ne fait pas de doute que le gouvernement a tout mis en œuvre pour s'assurer du recouvrement des crimes du 17 octobre 1961.
 


La censure ne semble pourtant pas suffire à expliquer l'oubli du 17 octobre, si l'on considère en particulier ce qui a été écrit dans la presse dans les jours qui ont suivi les massacres : beaucoup de choses ont été sues et portées à l'attention du public. L'oubli du 17 octobre ne s'explique donc pas simplement par un défaut de connaissance. En effet, si dans un premier temps chacun des journaux adopte un discours correspondant à sa position politique, moins d'une semaine après les faits, tous s'accordent pour dénoncer les violences policières. Au lendemain de la manifestation, seuls L'Humanité et Libération dénoncent la violence de la répression ; Le Monde et La Croix, se voulant neutres, relaient la version officielle de " heurts " avec la police tandis que Le Figaro et France-Soir affirment que ce sont les manifestants, " fanatisés " ou " manipulés " par le F.L.N., qui se sont rendus coupables de violences à l'encontre des policiers. Mais dans la semaine qui suit la manifestation, à mesure que les témoignages affluent, un consensus se dégage dans la presse : tous en viennent à dénoncer les " violences à froid " dont ont été victimes des manifestants pacifiques. La plupart des journaux publient des enquêtes sur le bidonville de Nanterre. Tous font état des corps que l'on retrouve quotidiennement dans la Seine. La presse n'a donc pas été silencieuse : elle a su l'essentiel des faits et en a traité publiquement, malgré la censure. Presque immédiatement après la manifestation, les violences terribles auxquelles elle a donné lieu ont été, pour une part essentielle, rendues publiques. La raison de l'oubli du 17 octobre 1961 doit donc être cherchée ailleurs que dans la censure organisée par l'Etat.


2. "L'oubli" de la Guerre d'Algérie

Un premier élément de réponse s'impose : le 17 octobre 1961 a d'abord été oublié au même titre tous les crimes de la Guerre d'Algérie. Ce ne sont pas seulement les violences du 17 octobre 1961 qui ont longtemps été recouvertes d'une chape de silence et d'oubli, c'est l'ensemble des crimes de la police et de l'armée française pendant cette " opération de maintien de l'ordre ". En effet, la guerre, qui dura près de dix ans, a déchiré les Français et, lorsque la paix est enfin conclue, c'est sur un oubli collectif autant qu'individuel que se reconstruit l'unité de la nation française. Le conflit a profondément divisé le pays : quelle unité aurait pu se dégager entre les colons prêts à commettre des attentats pour conserver une Algérie française, ceux dont l'Algérie est simplement le pays, qui y ont toujours vécu, entre les Français de la métropole qui désirent avant tout la paix et acceptent par conséquent que l'indépendance soit accordée à l'Algérie et ceux qui prennent parti pour l'indépendance et s'engagent à des degrés divers au côté du F.L.N. ? A cette division on n'a su opposer que le silence et l'oubli, individuel comme étatique. Combien d'appelés, contraints pendant la guerre à commettre les pires violences, n'ont trouvé de " solution " à ce déchirement intérieur que dans le silence ? L'indépendance proclamée, le gouvernement édicte la loi d'amnistie : aucun des crimes commis au titre de la poursuite de la guerre ne pourra faire l'objet de sanctions pénales.


 

 

Chronologie de la Guerre d´Algérie

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Dès 1830, le territoire algérien est occupé par des troupes françaises. En 1947, l'Algérie devient un département français, doté de la personnalité civile et de l'autonomie financière, avec une assemblée algérienne chargée de gérer, en accord avec le gouverneur général, les intérêts propres de l'Algérie.

1954 :
1er novembre: proclamation du Front de libération nationale (FLN) qui fixe les objectifs de la lutte armée pour l'indépendance nationale par la restauration de l'Etat algérien souverain. Une vague d'attentats contre les Français en Algérie marque le début de la guerre.
5 novembre: le gouvernement français envoie des renforts militaires en Algérie.
24 novembre: François Mitterrand, alors ministre de l'Intérieur, prône le recours à la     force.
Décembre: création du Mouvement nationaliste algérien (MNA) de Messali Hadj.

1955 :
26 janvier
: Jacques Soustelle est nommé gouverneur général d'Algérie.
31 mars: l'état d'urgence est proclamé.
18-24 avril: le FLN participe à la conférence du Tiers-monde à Bandoeng.

La conférence exprime sa solidarité avec l'Algérie combattante.
16 mai: les effectifs de l'armée française en Algérie sont portés à 100 000 hommes. L'Assemblée générale de l'ONU vote l'inscription de l'affaire algérienne à l'ordre du jour.
11 septembre: à Paris, première manifestation des appelés du contingent qui refusent de partir en Algérie. 


1956 :
2 février: Jacques Soustelle est remplacé par Robert Lacoste.
6 février: Guy Mollet, président du Conseil, est accueilli à Alger par des manifestations d'hostilité des Européens d'Algérie. Il déclare que "la France doit rester en Algérie et elle y restera".
9 mars: manifestations d'Algériens à Paris contre le vote des pouvoirs spéciaux.
11 mars: l'Assemblée nationale vote les pouvoirs spéciaux au gouvernement Guy Mollet.
19 mai: l'Union générale des étudiants musulmans d'Algérie (UGEMA) lance un mot d'ordre de grève pour une durée illimitée, et invite les étudiants et les intellectuels à rejoindre le FLN et l'Armée de libération nationale (ALN).
20 août: le congrès du FLN à la Soummam (Kabylie) définit les buts de guerre, fixe les conditions du cessez-le-feu, des négociations de paix et nomme le FLN comme seul et unique représentant du peuple algérien. 

2 - 5 novembre: expédition de Suez. La France et la Grande-Bretagne attaquent l'Egypte, bombardent ses aéroports et les installations du canal de Suez après l'attaque de l'Egypte par Israël. 15 novembre: l'ONU inscrit la question algérienne à son ordre du jour.
5 décembre: le gouvernement français dissout les conseils généraux et les municipalités en Algérie.

 

1957 :
7 janvier
: la 10e division de parachutistes du général Massu est chargée du maintien de l'ordre à Alger. Début de la bataille d'Alger. Janvier/février: recrudescence d'attentats à la bombe contre des civils et des militaires à Alger. Plus de 30 morts et une centaine de blessés.
Fin février: de nombreux dirigeants du FLN sont arrêtés.
Mars: Larbi Ben M'hidi, à l'origine de la création du FLN, est assassiné par les parachutistes du colonel Bigeard après avoir été torturé.
28 mai: massacre de la population civile du douar Melouza par le FLN: 301 morts et 14 blessés.
11 juin: arrestation de Maurice Audin, assistant de la faculté des sciences d'Alger.
20 septembre: l'ONU inscrit la question algérienne à son ordre du jour.
29 novembre: l'Assemblée nationale vote la loi-cadre et la loi électorale de l'Algérie.

1958 :
Janvier - mai
: bataille du barrage de l'est-Constantinois.
7 janvier: début de l'exploitation du pétrole saharien.
15 avril: démission du gouvernement Gaillard. Crise ministérielle en France.
13 mai: prise du gouvernement général par les Européens à Alger. Un Comité de salut public est créé sous la présidence du général Massu et on fait appel au général de Gaulle.
14 mai : "Vive de Gaulle" lancé par Salan à Alger. De Gaulle se déclare prêt à assumer les pouvoirs de la République.
28 mai: grande manifestation pour la défense de la République à Paris, de la place de la Nation à la place de la République.
1er juin: l'Assemblée nationale investit de Gaulle par 339 voix contre 224.
4 juin: dans un discours à Alger, de Gaulle déclare aux européens
 "Je vous ai compris".
28 septembre: la nouvelle Constitution est approuvée par référendum (79% de oui en métropole, 95% en Algérie). Naissance de la Ve république le 5 octobre.
23 octobre: dans une conférence de presse, de Gaulle propose au F.L.N. la paix des braves.
21 décembre: De Gaulle est élu président de la République.


1959 :
30 janvier
: De Gaulle renouvelle l'offre de paix en Algérie.
16 septembre: De Gaulle proclame le droit des Algériens à l'autodétermination par référendum, propose sécession, francisation, association.
10 novembre: appel de de Gaulle au cessez-le-feu.

1960 :
19 janvier
: le général Massu est muté en métropole pour avoir critiqué la politique du général de Gaulle.
13 février: explosion de la première bombe atomique française au Sahara
3 - 5 mars: De Gaulle en Algérie insiste sur la nécessité d'une victoire complète et le
droit de la France à rester en Algérie, mais parle d'une "Algérie algérienne liée à la France". .
9/12 décembre: dernier voyage de De Gaulle en Algérie. Manifestations populaires violentes à Alger, pour le soutien au FLN, et l'indépendance de l'Algérie.
20 décembre: les Nations unies reconnaissent à l'Algérie le droit à l'autodétermination.


1961 :
8 janvier
: les Français se prononcent par référendum, à 75% pour le droit à l'autodétermination du peuple algérien.
26 avril: échec du putsch des généraux à Alger. Dans la nuit du 21 au 22 avril, les généraux Challe, Jouhaud, Zeller et Salan avaient tenté de s'emparer du pouvoir. De Gaulle assume les pleins pouvoirs aux termes de l'article 16 de la Constitution.
20 mai/13 juin: premiers entretiens d'Evian.
20 juillet: nouveaux entretiens entre la France et le FLN au château de Lugrin.
6 octobre: instauration d'un couvre-feu à Paris et en région parisienne pour les seuls Algériens, de 20h30 à 5h30 du matin, avec fermeture à 19 heures des débits de boissons tenus et fréquentés par les Algériens.
17 octobre: manifestations pacifiques de plusieurs dizaines de milliers d'Algériens dans les rues de Paris. La répression est brutale: des dizaines de morts, des centaines de blessés et plus de 10'000 arrestations. Des corps sont jetés dans la Seine.

1962 :
Janvier
: attentats à Alger et en métropole commis par l'OAS et les anti-OAS.
7 mars: ouvertures des négociations d'Evian.
16 mars: signature des accords d'Evian. Ils comprennent un accord de cessez-le-feu applicable le 19 mars à 12 h et des déclarations publiées par les 2 parties: la version française mentionne des pourparlers avec le FLN, la version algérienne avec le GPRA. Il ne s'agissait pas d'un traité entre deux Etats, mais d'un programme commun proposé à la ratification par référendum (le 8 avril 1962 en France et le 1er juillet 1962 en Algérie).
8 avril: référendum en métropole: 90,7% des voix approuvent les accords d'Evian.
25 mai: réunion du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) à Tripoli 1er juillet : référendum d'autodétermination en Algérie. L'indépendance est approuvée par 99,72% des voix.
3 juillet: De Gaulle reconnaît l'indépendance de l'Algérie.
5 juillet: proclamation de l'indépendance nationale. Bilan de la guerre: de 300'000 à 500 ou 600'000 morts selon les sources.

1999 :
5 octobre
: le Parlement français adopte une proposition de loi reconnaissant "l'état de guerre en Algérie" dans les années 1950. Il aura fallu près d'un demi-siècle pour re-qualifier des faits jusque-là définis comme des "événements".


 

 


Pieds-noirs, Harkis, Algériens : la guerre des mémoires (7juillet 2005)
Source : [http://www.ldh-toulon.net/imprimer.php3?id_article=762]
La loi du 23 février 2005, « reconnaissante aux rapatriés d’Algérie »
La guerre d’Algérie encore et toujours. Douloureux, contradictoires, violents, les récits sur cette sale guerre que la France a dû mener au milieu du XXe siècle sur les terres de l’Afrique du Nord n’en finissent pas de resurgir.
Articles de Pierre Desorgues paru dans l’édition du 7 juillet 2005 de l’hebdomadaire Réforme [1]
Cette dernière semaine, ce sont d’anciens membres de l’OAS qui ont ravivé les plaies. Motif ? L’érection d’une stèle à la mémoire des activistes de l’Algérie française à Marignane, là où vivent les plus gros bataillons de rapatriés et d’anciens de l’Algérie. L’hiver dernier, c’était le gouvernement lui-même qui, espérant calmer et satisfaire le besoin de reconnaissance des souffrances des rapatriés, avait ouvert un nouveau front avec la loi du 23 février 2005 qui revisite « l’œuvre de la France en Algérie ».
Reste malgré tout l’espoir d’une véritable réconciliation générale des mémoires.
 
A Marignane, l’OAS veut sa stèle...
Des anciens de l’OAS se battent pour installer une stèle à la mémoire des activistes de l’Algérie française. Le préfet de la région PACA a demandé l’interdiction de cette inauguration. Les tensions sont vives sur place, où l’extrême droite est bien implantée.
Plus de quarante ans après les accords d’Evian consacrant l’indépendance de l’Algérie, l’OAS bouge encore. Ainsi les anciens de l’Organisation de l’Armée secrète entendaient rendre hommage, à Marignane, « aux quatre fusillés » de l’Algérie française : Jean-Bastien Thiry, auteur de l’attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle, le lieutenant Roger Degueldre, chef des commandos Delta de l’OAS, Albert Dovecar et Claude Piegts, seconds de Degueldre. Les quatre hommes furent condamnés à mort par la cour militaire de justice et exécutés au fort d’Ivry entre 1962 et 1963. L’OAS fut responsable de la mort de 71 personnes en métropole. En Algérie, de la période allant d’octobre 1961 au 20 avril 1962 - date de l’arrestation du général Salan -, l’organisation terroriste serait responsable de près de 13 000 attentats et de la mort de près de 2 200 personnes, Algériens ou Français.
L’ADIMAD (Association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés de l’Algérie française), fondée par le général Salan en 1967, a choisi ainsi d’ériger une stèle aux tueurs d’enseignants et de policiers avec le soutien du maire, Daniel Simonpieri, ancien du Front national et proche du couple Mégret. Le président de l’ADIMAD, Jean-François Collin, en tant qu’ancien membre de l’OAS, n’éprouve aucun remord. « Je suis désolé pour certaines des familles de victimes mais nous avions affaire à des traîtres. » Et de lâcher : « Qu’on nous fiche la paix. Qu’on nous laisse honorer nos morts. » De quoi provoquer un tollé et l’indignation des familles de victimes.
 
Une région d’élection du Front national
Degueldre et ses complices ont ainsi exécuté, le 15 mars 1962, six dirigeants des centres sociaux éducatifs, service de l’Education nationale. Le commissaire central d’Alger, Roger Gavoury, devait également figurer parmi les victimes des commandos de l’OAS.
Après avoir adressé une lettre au président de la République demandant une interdiction de l’inauguration de cette stèle, prévue mercredi 6 juillet, les associations antiracistes et les familles des victimes de l’OAS semblent avoir été entendues par le préfet de région qui a demandé l’interdiction du rassemblement. A la pointe du combat contre la stèle à la gloire des anciens de l’OAS, des associations, des syndicats et des institutions aussi différentes et éloignées politiquement que le MRAP, la Ligue des droits de l’homme (LDH), la FSU, la CFDT ou l’Institut Charles de Gaulle, présidé par Yves Guéna. La mairie de Marignane, qui a encouragé le projet d’installation d’une stèle en accordant un terrain à l’ADIMAD, bat en retraite et demande aujourd’hui à ses amis de reporter cette inauguration.
Cette affaire s’inscrit dans une région où l’extrême droite est fortement présente et où la communauté pied-noire est majoritairement installée dans le pays. Toulon a été administrée par une mairie Front national de 1995 à 2001. Un carrefour a été baptisé « Général-Salan » sous l’administration de Jean-Marie Le Chevallier. Le 25 juin dernier, sous la pression des associations des familles de victimes de l’OAS et de la LDH locale, le carrefour a été rebaptisé « place du Colonel-Salan ». Une nouvelle dénomination faisant plus référence au libérateur de la ville en 1944 qu’au général putschiste et chef de l’OAS. Plus au nord, Orange est toujours dirigée par Alain Bompard, membre du parti de Jean-Marie Le Pen. Vitrolles fut le fief de Bruno Mégret, chef du MNR, qui entend lutter contre « l’islamisation du pays ». Marignane, pour sa part, est dirigée d’une main de fer par Daniel Simonpierri. Même chose pour Nice, où le maire actuel, Jacques Peyrat, est un ancien du Front national. Ancien premier adjoint du couple Mégret, il a rejoint l’opposition UMP après la reconquête de la municipalité par les socialistes.
 
Allégeance ou compromission
« L’extrême droite est moins visible politiquement aujourd’hui. Elle cherche donc à intégrer la droite classique. C’est ainsi que Simonpieri, élu MNR, a rejoint le groupe UMP du conseil général des Bouches-du-Rhône. Un phénomène à la Peyrat. Mais, chassez le naturel, il revient au galop. L’histoire de la stèle en est un parfait exemple », explique Claude Castex, représentant de la Ligue des droits de l’homme et ancien premier adjoint socialiste de la ville de Vitrolles avant l’arrivée des Mégret. Mais, derrière le changement d’étiquette, ce sont toujours les anciens du Front national qui tiennent le terrain politique.
Signe d’allégeance ou du moins de compromission ? Le maire de Marseille et vice-président de l’UMP, Jean-Claude Gaudin, se serait rendu, selon des militants d’une association antiraciste, aux festivités célébrant les dix ans de magistrature de Daniel Simonpierri à la tête de Marignane. Jean-Claude Gaudin signifie aujourd’hui cependant qu’il ne faut « pas rendre hommage à ceux qui ont tenté d’assassiner le général de Gaulle ».
« L’extrême droite a prospéré dans certaines communes. Non pas parce que la gauche est inexistante mais parce que la droite républicaine est absorbée politiquement par l’extrême droite », ajoute Claude Castex. En effet, il ne vaut mieux pas s’afficher comme gaulliste dans la région. Un conseiller général avait cru bon ainsi d’annuler dans les sections d’Aix-en-Provence du feu RPR la commémoration du 18 juin 1940 pour ne « pas froisser la communauté des rapatriés ».
Alain Girard dirige à Vitrolles le Centre de rencontres protestant. Une association qui fut à la pointe du combat politique contre les Mégret. « La mémoire constitue un réel enjeu dans la région, et plus particulièrement sur l’étang de Berre, autour des communes de Marignane et de Vitrolles. Nous avons effectivement une réelle manie de la stèle. Je me souviens que l’ancienne mairie socialiste en avait ainsi installée une à la mémoire du leader kanak Jean-Marie Tjibaou. Au bout de 24 heures, elle a été détruite. Contrôler les lieux de mémoire, c’est démontrer, selon l’extrême droite, que l’on tient idéologiquement la ville. »
 
Climat passionnel
Une tradition locale qui a de quoi déconcerter les nouveaux venus sur l’étang de Berre. Iris Reuter connaît la région depuis deux ans seulement. Pasteur de l’Eglise réformée de Vitrolles, elle avoue sa surprise : « Je suis atterrée par ce projet de stèle faisant l’apologie de gens responsables de la mort d’enseignants et auteurs de nombreux attentats. Ce n’est pas comme cela que l’on rapprochera les communautés. » Rapprocher les communautés pied-noire et maghrébine ne fait justement pas partie des objectifs des anciens du Front national. Bien au contraire. Le meilleur moyen pour l’extrême droite de conserver un électorat fidèle consiste à entretenir les blessures du passé. « Les Mégret se sont emparés de la mairie de Vitrolles en jouant sur la peur des anciens rapatriés et en ghettoïsant les jeunes issus de l’immigration », estime Claude Castex. Même chose à Marignane. « L’objectif est de maintenir une tension, d’entretenir un climat passionnel en érigeant des stèles à la mémoire de l’OAS. Simonpieri est un enfant du pays. Il n’a aucune attache sentimentale vis-à-vis de l’Algérie. Mais sa municipalité est une ville de transplantés où entre 40 et 45 % de la population locale est composée de rapatriés et d’enfants de rapatriés », précise Alain Girard.
Le pasteur Pierre Cegurra, de l’Eglise évangélique pentecôtiste de Marignane, fait, lui, partie de cette communauté de rapatriés qui ne crie plus vengeance. Les raisons « d’un malaise pied-noir » sont nombreuses, selon lui. « Nous sommes dans une agglomération où il y a un véritable désert spirituel », insiste l’homme, originaire de Mostaganem.
Signe d’une véritable souffrance et d’une nostalgie certaine pour une terre perdue, le rayon de cette librairie de Vitrolles. On y vend un des best-sellers locaux. Un livre album consacré à « Nos villages et nos villes en Algérie avant 1954 ». Ce ne sont pas seulement les communautés maghrébines qui ont été ghettoïsées. Parqués dans des villes nouvelles, comme à Vitrolles où il n’existe « aucun lien social et où le modèle urbain est celui de la villa avec la piscine », entourés par des centres commerciaux, selon Alain Girard, les rapatriés, dont certains appellent leur petits-fils Jean-Bastien, ressassent encore et toujours les blessures de la guerre d’Algérie.
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La loi du 23 février 2005, « reconnaissante aux rapatriés d’Algérie »
Chez les anciens de l’OAS, on ne cache pas sa satisfaction. Amnistiés sous Mitterrand, les anciens activistes de l’Algérie française pourraient êtres indemnisés sous Jacques Chirac. « C’est une loi qui va dans le bon sens. C’est bien que des néogaullistes reconnaissent les fautes du passé », juge Jean-François Collin, ancien membre de l’OAS et président de l’ADIMAD. Et d’ajouter : « Ce texte est une bonne chose, dans le sens où il tend à réhabiliter l’œuvre de la France en Algérie. » L’œuvre de la France en Algérie, c’est la mort de 300 000 Algériens entre 1954 et 1962, selon les estimations les plus basses. Plus d’un million, selon les Algériens. Une population musulmane majoritairement analphabète en 1954 et ancrée dans le sous-développement économique. « La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie dans les anciens départements français d’Algérie. [...] Elle reconnaît les souffrances éprouvées et les sacrifices endurés par les rapatriés, les anciens membres des formations supplétives et assimilés », peut-on lire pourtant dans la loi du 23 février 2005.
Les articles 5 et 12 traitent du dossier d’indemnisation des harkis. Les articles 4 et 13 sont les plus controversés. Les programmes scolaires devront en effet reconnaître « en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord  ». A l’origine d’une reconnaissance officielle de « l’œuvre positive de la France en Algérie », l’actuel ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy. « Monsieur Douste-Blazy, comme beaucoup d’élus locaux, s’inscrit dans une logique purement électoraliste », avance Claude Castex de la Ligue des droits de l’homme. L’article 13 prévoit également une indemnité au bénéfice de « personnes [...] ayant fait l’objet, en relation directe avec les événements d’Algérie [...], de condamnations ou de sanctions amnistiées [...] ».
De nombreux historiens, dont Lucette Valensi, directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), considérée comme étant l’une des plus grandes spécialistes françaises de cette période, refusent aujourd’hui l’enseignement d’une histoire officielle. Un collectif des historiens contre l’article 4 de la loi du 23 février s’est ainsi constitué. Il a reçu le soutien de nombreux syndicats enseignants et d’associations antiracistes comme la Ligue de l’enseignement, la Ligue des droits de l’homme ou le MRAP. Le SNES et la FSU, syndicats d’enseignants, lors de leur dernier congrès en avril, ont clairement indiqué qu’ils mèneraient une campagne pour l’abrogation de cette loi. Au moment où le Quai d’Orsay parle de relancer un partenariat stratégique avec l’Algérie, en espérant lui vendre des avions Rafale notamment, et à l’heure du processus de Barcelone amorcé en 1992 consacrant une coopération économique entre le Maghreb et l’Union européenne, l’actuel ministre des Affaires étrangères de la République a-t-il été bien inspiré en proposant une loi réhabilitant l’œuvre coloniale française de l’autre côté de la Méditerranée ? Lors de sa dernière visite d’Etat à Paris, le président de la République algérienne, Abdelaziz Bouteflika, de son côté, avait cru bon de comparer les harkis aux collaborateurs français de la Seconde Guerre mondiale. De quoi alimenter à nouveau les tensions autour de la mémoire de la guerre d’Algérie entre les deux pays.
Pierre Desorgues, envoyé spécial de Réforme à Marignane et Vitrolles
 
[1] http://www.reforme.net/
 

 
 

La guerre d'Algérie et la torture à travers la presse 1954-1962

Manfred Overmann: Introduction

Déjà en septembre 1957 la Commission de sauvegarde des droits et des libertés individuelles avait constaté dans un rapport accablant que la torture était une pratique quasiment institutionnalisée en Algérie. Pourtant la France a confisqué cette mémoire et même refusé d’employer le terme de guerre jusqu’au 10 août 1999 lorsque l'ordre du jour à l’assemblée nationale engage la discussion sur la proposition de loi relative à la substitution de l'expression aux opérations effectuées en Afrique du Nord  par l'expres¬sion guerre d'Algérie. « Cette proposition de loi permettra aussi de réparer une injustice à l'égard des anciens combattants d'Algérie et de rétablir une vérité historique trop longtemps pudiquement dissimulée sous les vocables ambigus de maintien de l'ordre, de pacification, voire d’événements d'Algérie ». (http://www.assemblee-nat.)


En 2000 maintes articles et extraits de témoignages sur le sort des harkis et de leurs familles paraissent dans la presse (http://www.harkis.com/presse2000.htm). Depuis ces révélations et les aveux des tortionnaires de l’époque, du général Massu et d’Aussaresses,  le 23. Novembre 2000 dans le journal Le Monde, le voile sur cette sale guerre dont le nom a été trop longtemps étouffé et occulté commence tout doucement à se lever.

Dans l’interview accordée à Le Monde, Aussaresses qui fut le responsable des services de renseignements à Alger en 1957, déclare: « La torture ne m’a jamais fait plaisir, mais je m’y suis résolu quand je suis arrivé à Alger. À l’époque, elle était déjà généra¬lisée. Si c’était à refaire, ça m’emmerderait, mais je referais la même chose, car je ne crois pas qu’on puisse faire autrement. » Dans son livre Services spéciaux. Algérie 1955-1957, paru en mai 2001, l’ancien général estime qu’il a accompli son devoir envers le gouvernement français et fait observer que François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, fut parfaitement renseigné sur l’emploi de la torture à l’époque.

Le 30 août 2001 une plainte est déposée à Paris contre la France pour crime contre l’Humanité par l’association des harkis (http://www.harkis.com/).  C’est comme s’il s’agissait d’une sorte de revanche de l’histoire. L’Express qui a présenté les pièces du dossier et ouvert le débat constate dans un article du 30.08.2001 que le pays des droits de l’homme « se voit menacé d'être poursuivi en justice (…) Une accusation que l'on pouvait croire réservée aux tyrans et aux massacreurs, aux Pinochet ou aux bouchers des Balkans. » (http://www.lexpress.fr/).

En février 2001 le journaliste Maurice T. Maschino publie dans Le Monde Diplomatique (http://www.monde-diplomatique.fr/2001/02/MASCHINO/14870.html) un article sur La colonisation telle qu’on l’enseigne. L’histoire expurgée de la guerre d’Algérie qui suscite de nouveaux émois et ranime le débat. Il dénonce ostensiblement la présentation atténuée et euphémique de la guerre d’Algérie dans les manuels scolaires comme « une belle aventure intellectuelle dont le bilan serait globalement positif (…) Instructions ministérielles, programmes, horaires, manuels, tout l’arsenal pédagogique est mis en œuvre pour que les élèves des écoles, des collèges et des lycées en sachent le moins possible. » Entre les programmes réduits ou réducteurs et la volonté de ne pas vouloir « surcharger les élèves de mauvais souvenirs » la vérité a bien du mal à se frayer un chemin et les traces de la torture et des crimes de l’histoire coloniale française restent toujours camouflées derrière un bilan globalement positif, mais, hélas, dans une culture du mensonge. De quel droit les français, si fiers de l’histoire de la Résistance, considèrent-ils que les maquisards et les patriotes algériens du Front de libération nationale fussent des fellaghas ou terroristes ?

Pour servir l’objectivité historique la mission civilisatrice de l’enseignement exige l’examen des faits et ne peut accepter une propagande positive de la colonisation européenne en guise d’un cours d’histoire banal. Comment faire comprendre aux élèves la guerre d’Algérie si nous refusons de parler des centaines de milliers de victimes et des crimes commis contre l’humanité par un régime politique qui, jadis, voulait étendre les valeurs républicaines à toute l’Europe ? 

Si nous voulons faire respecter et assimiler à nos élèves les valeurs de la démocra¬tie, si nous voulons les faire réfléchir sur le passé, il faudra dévoiler et dénoncer aussi les abominations et les infamies d’un passé pas toujours glorieux. Les manuels reste¬ront toujours un échantillon révélateur de la mémoire officielle tel qu’on l’enseigne. Alors n’est-il pas cynique de camoufler les saccages, les violences, les exactions et d’autres horreurs du colonialisme derrière les lunettes tricolores de l’autosatisfaction pour livrer à nos élèves un passé épuré et sans bavures ?!

Malgré les volontés affichées de faire la lumière sur les « dévoiements » de cette guerre, les historiens doivent toujours se prémunir d’une dérogation durement arrachée aux autorités pour obtenir l’autorisation d’accès aux archives les plus sensibles sur la guerre d’Algérie. Alors, il reste à se demander si l’on veut sacraliser le drapeau fran¬çais. Dans un article du 30 janvier 2003 le Nouvel Observateur dévoile qu’on vient de faire voter dans une posture patriotique un amendement « qui réprime durement les manquements au respect du drapeau et de l’hymne national : 7000 euros d’amende et jusqu’à six mois de prison dans le cas d’outrage perpétré en réunion. » A-t-on si peur pour la nation qu’on doit traîner devant les tribunaux ceux qui s’avisent de siffler la Marseillaise ?

 

 

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Le général Massu: Plantu pour Le Monde , 21 juin 2000.               Pessin, Le Monde, 7 décembre 2000

Massu reconnaît la généralisation et  l'institutionnalisation de la torture : " Mais j'ai dit et reconnu que la torture avait été généralisée en Algérie, elle a ensuite été institutionnalisée [...] et institutionnaliser la torture, je pense c'est pire que tout !"

  • Macro-tâche: Faites une recherche sur l'utilisation de la torture pendant la guerre d'Algérie. (Cf. les articles parus dans Le Monde sur le site de Toulouse de la Ligue des Droits de l'Homme)

 

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Le général Paul Aussaresses par Plantu

"Tout ce que j'ai fait était conforme à la déontologie de tout militaire dans les conditions de guerre". "C'est efficace, la torture, la majorité des gens craquent et parlent. Ensuite, la plupart du temps, on les achevait. […] Est-ce que ça m'a posé des problèmes de conscience ? Je dois dire que non". "La torture ne m'a jamais fait plaisir mais je m'y suis résolu quand je suis arrivé à Alger. A l'époque, elle était déjà généralisée. Si c'était à refaire, ça m'emmerderait, mais je referais la même chose car je ne crois pas qu'on puisse faire autrement."

  • Micro-tâches: Présentez les généraux a) Massu; b) Aussaresses. (Cf. aussi le travail scolaire 2001-2002 du lycée Emmanuel Mounier à Châtenay-Malabry ainsi que les articles sur la "condamnation du général Aussaresses pour "apologie de crimes de guerre" le vendredi 25 janvier 2002 sur les site de Toulouse de la Ligue des Droits de l'Homme.

 

Macro-tâches

  • Formez des équipes, choisissez un sujet dans la presse (Le monde, l'Express, le Nouvel Observateur) et préparez un exposé
  1. Dossier présenté par l'Association Internet des droits de l'Homme
  2. Articles de presse sur la torture: Jaques Massu Déclarations; Paul Aussaresses Déclarations; Les aveux de Paul Aussaresses  - Mai 2001; Les propos du général Aussaresses : condamnations et plaintes
  3. Retour sur la torture en Algérie: Les dossiers de l'Express  - Novembre 2000 - janvier 2001:  Dossier 1; dossier 2; dossier 3; dossier 4
  4. Semaine du 14 décembre 2000, n°1884. Dossier - Torture: ce que j'ai vu en Algérie. Les vrais auteurs du crime, c'était les politiques, par Jacques Julliard. "Si nous voulons empêcher le retour de cette honte, il faut la regarder en face. Il ne faut pas que les fils retrouvent un jour l'horreur sur leur chemin parce que leurs pères auront menti. Ma première rencontre avec la torture au cours de la guerre d'Algérie fut en quelque sorte pédagogique. J'étais alors élève officier à l'école militaire..."
  5. Semaine du 14 décembre 2000, n°1884. Dossier - Un fonctionnaire de la torture raconte... Dans une lettre inédite au journaliste Jean-Pierre Vittori, un ancien des détachements opérationnels de protection décrivait, en 1977, les méthodes de ce service spécial de l'armée, chargé de démanteler les réseaux du FLN. Accablant. "Ce document n'était pas destiné à être publié. Il a été écrit en 1977 par un ancien spécialiste de la torture pendant la guerre d'Algérie, décédé il y a quelques années. L'homme, qui voulait rester anonyme..."
  6. Regardez aussi le dossier pédagogique sur la torture et le rôle de l'armée : textes adaptés à l'enseignement  du français au niveau secondaire par Négi Elmejri.

 

  • Pour aller plus loin:

          Le Monde - Dossiers sur la guerre d'Algérie et la torture (2000-2001)

    Le tabou des viols Mohamed Garne, né d'un viol pendant la guerre d'Algérie,  LE MONDE 23.11.01
    Le tabou du viol des femmes pendant la guerre d'Algérie commence à être levé LE MONDE 11.10.01
    "Dans l'esprit de nos parents, il aurait mieux valu que nous soyons mortes" LE MONDE 11.10.01
    Les militaires face à la torture: LE MONDE | 15.06.01 | LE MONDE | 28.06.01 | LE MONDE | 28.06.01 |
    LE MONDE | 14.06.01 | LE MONDE | 02.05.01 | LE MONDE | 03.05.01 | LE MONDE | 07.05.01 | LE MONDE | 22.11.00


      Les harkis
      Pendant vingt ans, des familles ont été parquées derrière les barbelés du camp de Bias LE MONDE.FR | 08.06.01 |
      La communauté harkie demande à la justice de reconnaître son drame de 1962 LE MONDE | 08.06.01 |

      L'attitude de François Mitterand
      Torture en Algérie : que savait et qu'a fait François Mitterrand ? LE MONDE | 12.05.01 |
      Les hésitations du futur chef de l'Etat, militaire puis fonctionnaire à Alger LE MONDE | 05.05.01 |

      Le procès de Paul Aussaresses 
      Le général Aussaresses jugé pour "complicité d'apologie de crimes de guerre" LE MONDE 26.11.01
      "Le général Paul Aussaresses ne le cache pas : il ne regrette rien. D'abord parce que ce n'est pas son style,
       ensuite parce qu'il estime qu'il fallait que quelqu'un fasse le sale travail en Algérie..."
      Au premier jour de son procès, Paul Aussaresses endosse tous les crimes qu'il a ordonnés LE MONDE 27.11.01
      "Le général Aussaresses ne sera pas poursuivi pour "crimes contre l'humanité"  LEMONDE.FR 14.12.01

 


 

Mise à jour le Samedi, 13 Juin 2015 10:54